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"La Temperance"

XIV. LA TEMPERANCE





Le bon roi Dagobert
Mangeait en glouton au dessert ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Vous êtes gourmand,
N’en mangez pas tant.
Bah, bah, lui dit le roi,
Je ne le suis pas tant que toi.





Surpris par la tendresse qu’il éprouvait à l’endroit des femmes qui louchent, le philosophe Descartes s'en demanda la cause et s'aperçut qu’en sa jeunesse il avait été séduit et abandonné par une jeune fille dont il ne s’était pas même aperçut qu’elle louchais. Or, de la dame qui entre maintenant dans la salle d’auberge, coiffée du galurin des militants du journal « En avant », quand bien même on la regarderait de tout près au point de loucher il serait impossible de ne pas voir louche énormément. Anne et Charlot lui trouvent cette excuse que Lanzarote a longtemps passé pour le domicile des Cyclopes. Alors elle vient vers eux et leur demande s’ils sont bien Anne et Charlot ; eux répondent qu’ils le (ou les) sont.

LOUCHEUSE – Ne vous ai-je pas déjà vu (vue ? vus ?) quelque part ?

ANNE & CHARLOT – Ensemble ?

LOUCHEUSE – Forcément. Ah j’y suis, James Bond 007.

ANNE & CHARLOT – Le fameux agent de l’Intelligence Service ?

LOUCHEUSE – Avec vos hanches minces et vos épaules de lutteur, vous avez son physique
- Anne, et vous Charlot son comportement d’espionne.

Ils protestent qu’ils appartiennent moins à l’Intelligence Service qu’au service de l’intelligence, et que d’ailleurs aucune enquête de James Bond 007 ne se déroule aux Canaries.

LOUCHEUSE – Jacques-lien est la traduction de James Bond en français. Ce lien de Jacques désigne assurément le chemin de Saint Jacques, route de Compostelle, voie lactée qui unit les deux 0 polaires entre la Croix de Sud antarctique et la 7 ème étoile de la Petite Ourse arctique. Voilà pour la valeur céleste de James Bond 007. Sa valeur terrestre est donnée par le R.P. Kircher en 1605 et reproduite en 1803 par Bory de Saint-Vincent quand il s’agit de considérer l’Atlantide comme une application de la voie lactée en notre monde. Vous rappelerai-je encore l’admiration de Mistral pour le poète Jacinto Verdaguer.

« Les Canaries, Madère, les Açores frémissent. Cédant aux efforts des Titans, on entend les tonnerres infernaux où se mèlent de sourdes plaintes et la respiration fulgurante d’une forge de Cyclope. Où est, hélas, l’Elysée de l’Occident ? Le lit d’Hespéris où naquirent les Hespérides est les Atlantes ? Où est la terre qui enserrait les hémisphères dans ses bras ? »

Par mes yeux qui se reflètent l’un dans l’autre je sais tout cela, par mes orbites cyclopéennes convergent de 00 en 0, par l’oeil de boeuf jadis ouvert sur mon berceau, par les 7 îles de cet archipel, je sais tout cela. Je l’ai appris en aboyant dans les mystères de Cérès à Eleusis. J’ai vu l’étoile flamboyante, j’ai entendu le mot de passe « Cercle- Epi- Chien ».

Un chien doux, maigre et jaune entre dans la salle d’auberge. Il appartient à la loucheuse qui l’appelle Temperantia.

LOUCHEUSE – C’est une batarde de Majoreros, race canine propre aux Canaries et dont le flair s’était si fort développé aux dépens de l’agressivité qu’elle a disparu à l’état pur. Celle-ci errait parmi les blés au voisinage d’un camp romain ; perdue dans la moisson coupée elle aboyait au maître sa détresse d’abandonnée. L’ayant découverte je la nommai Temperantia. Il y a quatorze ans, elle en avait cinq. Autrefois dans les confessions publiques je chantais « Pénitence, Pénitence », maintenant je préfère : « En avant Temperantia ».

Sur le collier du chien figure l’inscription « USSEL, 24 septembre 1954 » qui ne manque pas de retenir l’attention vu qu’Ussel se trouve sur le méridien 0. L’oeil du ciel s’y est ouvert en 1810 ravageant par le feu 22 maisons et ne laissant pleurer par prières a la statue de Cérès découverte dans une fontaine. Maintenant la gardienne du pays de l’Aigle se répartit entre Notre-Dame de la Chalanne- et Notre –Dame de Chaumes.

ANNE – Votre chien a peut-être faim, Madame...

LOUCHEUSE – Critias. Oui il prendra bien un calamar.

CHARLOT – Sauveur, un Calamar.

ANNE – Critias ?

CRITIAS – Cinéaste, pas depuis toujours, mais depuis que je louche. Autrefois j’utilisais mes yeux comme des mains pour toucher directement ce que je voyais ; alors ils se sont rapprochés pour pincer la réalité. Pensant que l’ennui était la meilleure manière de me décontracter, les médecins m’on prescrit une cure de cafard à Rennes-les-Bains, station thermale désuète située sur le méridien 0. J’allais découvrir là-bas que si je louchais, c’était pour éviter le regard des autres tout en les regardent plus à la dérobante qu’à la dérobée.

CHARLOT – Et qu’y a-t-il à voir là-bas ?

CRITIAS – Apparemment une seule chose, la baignoire de la Reine Blanche.

Elle leur montre la carte-postale de Rennes-les-Bains qui, éditée avant 1939 représente une baignoire de marbre blanc dans un établissement hospitalier. On n’a pas de reproduction plus récente pour cette raison qu’il y a quarante baignoires semblables à Rennes-les-Bains et que l’on ne sait plus du tout dans laquelle vint se baigner la grande souveraine. Les quarante baignoires de l’établissement ont ceci d’admirable que leur simplicité peut les affecter à un manufacturier tri-millénaire ou à un usinage très récent.

CRITIAS – Il n’est pas jusqu-à la reine Blanche sur l’identité de qui plane une incertitude. Les Languedociens se refusent à croire que Blanche de Castille, illustre mère de Saint Louis, eut osé prendre un bain dans ce pays qui avait toutes les raisons de l’envoyer au bain. Une seconde Blanche de Castille, par sa santé fragile et ses peines de cœur qui faisaient d’elle une bonne cliente pour la station, a plus de vraisemblance, outre qu’elle était l’épouse de Pierre- le-Cruel qui se fit rosser par Duguesclin dans une grotte que l’on visite encore sur le Pla de Brugos. Malheureusement comme Pierre-le-Cruel séquestrait son épouse on ne voit pas quand ni de quelle manière cette autre Blanche aurait pu suivre une cure à Rennes-les-Bains. L’on a également avancé la reine Blanche d’Evreux, qui, à Neauphles près de Gisors, subventionna l’expérience alchimique de Nicolas Flamel. En fait « Reine Blanche est un terme générique désignant toute veuve de roi jusqu’au XVI⁰ siècle quand Catherine de Médicis ramena d’Espagne la mode du deuil en noir. Aussi peut-on dire qu’il y a dans notre histoire autant de reines blanches que de blanches baignoires à Rennes.

On lui demande ce qu’on cherchant bien on peut encore voir à Rennes-les-Bains. Elle caresse Temperantia, absorbe d’un trait sa coup de champagne, regardent fixement tout ou vaguement rien et répond.

CRITIAS – Il y a le tilleul, bien sûr, celui du cimetière qui fait parler les morts par les inscriptions funéraires laissées par des vivants qui sont morts depuis. C’est la qu’un 17 janvier, anniversaire de l’expérience de Nicolas Flamel, fête de Saint-Antoine et de Saint-Genou, j’ai vu la Reine d’en haut et d’en bas.
Et puis il y a le cromleck long de 16 à 18 kilomètres qui entoure la localité. Ce haut lieu de la civilisation celtique a été découvert en 1886 par un modeste historien local. A force de s'y promener certains alignements semblent échapper au hasard, les « rouleurs » ou la « pierre
posée » ont l'air de construction, mais le cromleck de Rennes-les-Bains n’est pas de ces phénomènes dont on dit qu’il faut les voir pour y croire ; il faut y croire pour les voir.

ANNE – N’y a-t-il rien d’autre qui fasse preuve ?

CRITIAS – Il y a une statue d’Isis, ou de la Reine Blanche, ou de Notre-Dame, comme vous voulez. Elle a servi de modèle à la Vénus d’Ille décrite par Prosper Merimée qui l’a donné en bronze alors qu’elle est en marbre blanc. La statue mesure deux mètres de haut mais vous ne la verrez pas, enterrée qu’elle est dans une cour d’hôtel et prouvée seulement par la poudre de marbre que l’on a ramenée d’un sondage.

ANNE – Mais le propriétaire de l’hôtel ?

CRITIAS – Pourquoi voulez-vous qu’il pratique une fouille dont il ne tirera aucun bénéfice si la statue est laide il n’en saura rien faire, si elle est belle l’état la lui prendra. Tout homme d’ailleurs a le droit d’enterrer la Veuve dans sa cour sans en rendre compte à personne, et d’attendre qu’elle lui porte bonheur.


La pendule sonne trois coups, mais il faut lui être initié, comme au réveil de Charlot : quand elle sonne 3 elle marque 13 et il est 14. Le discours de Critias se met à tout mélanger, ses 14 jours de cure dans le cercle, la vierge céleste et son épi à la main, la couronne du Roi, de la Reine, des saints, des morts et des mots. Sauveur l’aubergiste, apporte une nouvelle bouteille.