Warning: include(/home/societec/public_html/password_protect.php): failed to open stream: No such file or directory in /home/societec/public_html/chapitres/pendu.php on line 1

Warning: include(/home/societec/public_html/password_protect.php): failed to open stream: No such file or directory in /home/societec/public_html/chapitres/pendu.php on line 1

Warning: include(): Failed opening '/home/societec/public_html/password_protect.php' for inclusion (include_path='.:/opt/cpanel/ea-php72/root/usr/share/pear') in /home/societec/public_html/chapitres/pendu.php on line 1
"Le Pendu"

XII. LE PENDU





'

Le bon roi Dagobert
A mis sa culotte à l'envers ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi!
Votre Majesté
Est mal culottée.
C'est vrai, lui dit le roi,
Je vais la remettre à l'endroit.





Plage Blanche est bornée à l’Est par une montagne stérile de couleur brique dissimulant le golfe du Perroquet Vert dont il ne sera pas question. Cette montagne s’incline vers un quadrillage de salines et se relève en un promontoire surmonté d’une vieille tour, « La Castille » qui fera l’objet du chapître suivant. Du côté occidental une cabane de pêcheur et un bidon de pétrole donnent l’échelle humaine. La limite méridionale est constituée par un horizon rigoureusement horizontal qui sépare les nuages de leur reflet dans l’eau justifiant ainsi l’ancienne croyance que nos corps se font et se défont par épaississement ou dispersion des vapeurs qui circulent entre la mer et le ciel. Du côté septentrional, on remarquera les cultures en escalier, vagues de terre qui vont au-devant des vagues de mer. Ainsi est-ce que Plage Blanche constitue un no man’s land de même qualité que la Mer Rouge à marée basse avant la catastrophe Judéo-égyptienne.

Anne et Charlot, quand ils arrivent, ne voient rien de tout cela parce qu’il fait nuit et que, sauf pour les télégrammes et par un poste de radio-pick-up à transistors, Plage Blanche ignore l’électricité. La salle d’auberge est éclairée au pétrole. Sauveur, l’aubergiste, muni d’une lanterne, mène ses hôtes à travers le village ténébreux jusqu’à un bungalow où l’on entre presque insensiblement.

Il y a un long couloir bordé de plantes grasses, une terrasse en plein air dont les murs réverbèrent le bruit des vagues, et l’on entre dans la chambre par la fenêtre. Sauveur allume les bougies qui éclairent le lit aussi carré que le plafond et lumineux comme un ring de boxe.

SAUVEUR – Vos voisins partent après demain ; alors vous aurez la terrasse en toute jouissance.

Il sort, Anne s’allonge. Charlot repasse à la terrasse avec une bougie pour y lire cette lettre de Valérien Ariès que la Présidente lui a remise de la part du sacristain.

 

                                                                                                                                    26 décembre 1967

Cher Charlot,

Merci pour le caillou que vous avez si gentiment ramassé pour moi dans la nuit de Noël où j’étais de tout cœur avec vous et avec Anne. Et pardon d’avoir usé de moyens aussi tortueux pour vous faire tenir la présente.

Le général a fait état devant vous de l’abbé Bérenger Saunière, curé de Rennes le Château (Aude). Voici quelques renseignements complémentaires sur la fortune de ce modeste ecclésiastique devenu milliardaire en 1892. Officiellement cette richesse est attribuée à une extorsion frauduleuse sur les fonds de la Croix-Rouge sous prétexte de « perpétuel secours aux petits nègres ». Mais l’on relève également les imputations de proxénétisme et de trafic de masses.

Proxénétisme. Liaison de l’abbé avec Emma Calvé, la grande cantatrice, parente de Mélanie Calvet, la voyante de la Salette qui prédit la montée de Garibaldi au pouvoir. Vous avez eu l’occasion d’apercevoir le piano d’Emma Calvé dans le salon d’attente du dentiste de Rodez qui vous a arraché une dent après l’accident. Rapport possible entre la touche qui manque à ce piano et la dont qui vous faire défaut.

Trafic de messes. L’évêché de Carcassonne, puis le Vatican, ont suspendu l’abbé Saunière sous inculpation de trafic de messes. Par le truchement d’un magazine pour enfants « La semaine de Lisette » l’abbé Saunière aurait vendu des messes pour des sommes considérables.

L’examen économique de cette situation ne permet pas de retenir une telle charge. En 1861, à Laval , on pouvait s’offrir douze messes annuelles dédiées à Saint Prosper pour la somme de cinq centimes sous condition, il est vrai, de souscrire un abonnement quinquennal. Les sœurs augustines de Chinon abaissèrent encore ce tarif en proposant vingt-quatre messes pour un sou ; soit encore quarante messes annuelles pour un franc. Le curé de Garaçay pousse plus loin la sous-enchère en offrant six ans de messes mensuelles ; soit soixante-douze messes, pour cinq sous, autre le tirage d’un loterie gratuite ayant pour effet de répartir les bulletins de messe dans neuf cœurs formant tire-lire et disposés autour de la statue de Notre-Dame. Le tirage annuel sélectionnait un lot supplémentaires de messes gratuites dont les bulletins allaient dans un coffret situé dans l’autel et garanti contre l’humidité.

Au cas où l’on douterait, comme moi, du bien fondé des accusations, l’enrichissement de l’abbé Saunière apparaîtrait consécutif à le découverte d’un trésor. Selon la tradition populaire, il existerait à Rennes un trésor de 350 millions de francs lourds répartis en 180 caches. L’origine de cette fortune serait une jonction de l’ or de Delphes, de celui du roi Salomon, de celui des Wisigoths et de celui des Mérovingiens. Une généalogie de dragons l‘aurait gardé allant des Volques Tectosages aux petits curés en passant par les Riphées de qui descendait Roseline, les cathares de Montségur et les Templiers du Languedoc. Nous aurons-vous un jour parmi les dragons ?

A l’entrée de l’église aménagée à Rennes le Château par l’abbé Saunière se trouve un bénitier supporté par un diable. D’où le charme particulier de votre « tête de Maure » chue dans un bénitier. Il y a bien, en effet, une piste fromagère dont Molière fait état dans « Le médecin malgré lui » ; « C’est un fromage où il y a de l’or ». Quant aux 180 caches, il faut se référer à J. Cocteau ; « Un peuple qui produit 180 variétés de fromages ne peut pas être sur son déclin ».

Ce diable de bénitier, ce bénitier au diable, demeure actuellement le centre d’intérêt des chercheurs de trésor. Situé derrière la porte de l’église il fixe intensément avec ses yeux de verre l’échiquier formé par un pavé mosaïque noir et blanc. Or comme l’abbé Saunière portait lui-même un œil de verre qui lors d’une exhumation, fut retrouvé ballotant dans son crâne comme dans un grelot, l’on a pensé aussitôt à la fameuse injonction évangélique selon laquelle il faut arracher l’œil quand il est occasion de péché. L’on a donc arracher l’œil du diable et l’on n’y a pas découvert le secret. D’autres ont imaginé de fouiller sous le pavé mosaïque à l’endroit précis où le diable portait son regard, et l’on n’a rien trouvé non plus.

En fait le secret de l’abbé Saunière se trouve dans Nostradamus qui lui aussi, en son temps, figura parmi les dragons ;
« Dessous le çhêne guien du Ciel frappé
« Non loing de là est caché le trésor
« Qui par longs siècles avait été grappé
« Trouvé mourra, l’oeil crevé d’un ressor
(Centuries I, 27) 
Je vous crois assez malin pour deviner que le secret n’est ni dans l’oeil ni dans le pavé mais dans le regard qui évolue de l’un à l’autre, qu’il faut vous allonger sur le pavé de telle sorte que votre oeil se laisse regarder par celui d‘un diable qui serait à la fois ami et ennemi.

Ce sera tout pour cette fois. Le vent va se lever, ne restez pas plus longtemps sur cette terrasse. Embrassez Anne de me part.


                                                                                Valérien Ariès.

P.S. Questionnez donc Sauveur l’aubergiste sur la tour dite « Castille » et allez-y voir.



Anne est endormie. Semblable à la bicyclette, à la flèche, à la toupie, à tous ces objets qui tirent leur équilibre de leur vitesse, même dans son sommeil on dirait qu’elle bouge.

CHARLOT – Va donc, eh coureuse.

ANNE – Ah tu m’as fait peur ; je croyais que c’était quelqu'un.

CHARLOT – Non c’était moi.

Elle a l’oeil du scaphandrier qui serait remonté trop vite en surface. La nuit passe, et le lendemain, où l’on songe que les voisins, quand ils seront partis, au lieu de mordre on pourra crier. Pendant le diner ils questionnent Sauveur sur la Tour « Castille ».

SAUVEUR – Le Rois Catholiques l’ont construite pour garer l’île des barbaresques barrière la tour, il y a un chemin de ronde qui allait autrefois jusqu’au bout du promontoire, mais une grande brèche l’interrompt. Certains disent qu’une violente bataille a fait la brèche, moi je crois que c’est un accident du temps.

Sur l’intérieur de la Castille, l’aubergiste fait preuve du même scepticisme. S’il y on a pour s’imaginer une oubliette où l’on précipitait jadis le cadavre du pendu, il croit, lui que ce fut toujours une remise à vieilles ferrailles.

SAUVEUR – Sur l’arrière, à trois mètres de haut, il y a une meurtrière que nous avons escaladée, un ami et moi, quand nous étions enfants. D’abord l’ami revient très excité : «  tout est noir là- dedans, la tour s’enfonce sous terre à des profondeurs vertigineuses ». Il me fait la courte échelle, je regarde, et je vois bien du noir en effet, mais d’un noir que j’obtiendrai tout aussi bien en collant du papier goudronné derrière la meurtrière.

ANNE – Il n’y a donc pas de porte à la Castille ?

SAUVEUR – Si, mais elle ferme par un cadenas à triple serrure dont une clef revient à l’évêché et une autre au ministère de la guerre.

ANNE – Toujours cette collusion, des militaires et des curés.

CHARLOT – S’il y avait collusion, ils auraient la même clef.

ANNE – Mais la troisième ?

SAUVEUR – Je ne sais pas du tout qui la détient.

ANNE – Peut-être un organisme très important qui régit la collusion des militaires et des curés.

SAUVEUR – Ou peut-être un pauvre homme comme moi. Si vous voulez en avoir le cœur net, enfoncez la porte, elle est vermoulue et ne vous résistera pas, mais comme ce mystère fait partie du tourisme, cà m’embêterait.

Ils retournant au bungalow escortés par des panthères noires qui, dans la nuit, ne sont que regard. On croirait découvrir un nouvel univers quand il brillait déjà dans toutes les mémoires. Astres dont le soleil ne peut flétrir la flamme, dix étoiles, les orteils argentés d’Anne, ayant Vénus à la fourche du campas, s’enfoncent dans le sable.

ANNE – Entende, mon cher, entendre la deuce nuit qui marche.

CHARLOT – Bienheureux ceux qui savent obscurcir l’obscurité, car ils seront éblouis.

'