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"Le Monde"

XXI. LE MONDE





Le bon roi Dagobert
Chassait dans la plaine d'Anvers ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre Majesté
Est toute essoufflée.
C'est vrai, lui dit le roi,
Un lapin courait après moi.





Une jeune fille nue dont le voile jeté par dessus l’épaule se casse au vent et revient sur le sexe. Zoom arrière ; cette image ornait l’étiquette d’une bouteille de vin de Malvoisie. Panoramique autour de la bouteille révélant le général David-Leroy, la grande petite comtesse Marie-Madeleine de Betaňa, Anne et Charlot.

GENERAL – Beau cachet de cire rouge, mais de la piquette. Quel dommage pour la dernière journée avant la séparation.

COMTESSE – Et la tête de Platon ?

ANNE – Rue du chroniquer Benitès Inglot, elle est restée dans le frigo. Si vous voulez que nous revenions faites lui piquer une tête dans la mer.

GENERAL – Contents de votre séjour ?

ANNE – Que du choses en rade, à commencer par le thonnier – fantôme.

CHARLOT – On attendait quelque chose de nous, mais quoi ? On lui même peut-être n’en savait rien.

Un temps. La petite comtesse relève son gant. Elle a la chevalière à son doigt, elle « d’un rond d’un lys » et dont le petit curé attendit vainement que le « Roi perdu » vienne la lui demander.

GENERAL – Elle y a droit par son arrière grand-mère issue de Casimir, comte de Lapin-Ra et d’Eléonore de Coq-Félin.

La petite comtesse rabat son gant. Une vague de dégoût submerge Anne et Charlot. Les mouvements monarchistes qui n’ont pas de monarque à produire, est-il rien de plus con? Et ce trésor spectral destiné à financer une royauté mérovingienne, à-t-on idée ! Trois semaines de fantasmes, un souvenir de vacances à ne pas laisser perdre, voilà tout. Et pourtant supposez, oui supposons que nous ne devions pas voir la fin du siècle, et qu’il s’agisse d’aménager le dernier havre de splendeur et de paix avant le grand carnage, l’abattage du Grand Monarque sur le tapis vert. Un mois de vacances ce n’est pas bien malin, mais supposez que ce dernier quart de siècle, on le risque comme vacances, supposez qu’on fasse des enfants avec le réconfort de savoir qu’ils ne nous survivrons pas et que nous mourrons tous ensemble par la même arrivée au poteau d’exécution.

La voix quadrilingue de l’aéroport annonce le prochain départ.

GENERAL – Vite une question, la dernière.

ANNE – Le droit divin.

GENERAL – Sur la tête du boeuf Apis il y a sept étoiles, sept que l’on appelle « Pleiades » ou « Poussinière ». L’une des sept, Maia, a engendré Hermès lequel épouse Nicostrate dont il eut Evandre et Pan, l’un roi des Arcadiens, l’autre leur dieu.

Descendant sur terre Evandre y découvrit sept collines analogues aux sept étoiles de son domaine céleste. La constellation des collines détermine la fondation de Pallantée, capitale de la Nouvelle Arcadie, ville de Maia laquelle eut son temple sur le mont Aventin où est aujourd’hui le centre de la chrétienté catholique. S’il y a une énigme d’Evandre, elle ne vient pas seulement d’appliquer sur la terre une réalité sidérale, mais d’une application constante du ciel sur le ciel et de la terre sur la terre. Entre les Pleiades d’où viennent les Arcadiens et d’Ourse qui leur a donné leur nom existe un rapport surprenant qui nous fait croire que les Pleiades sont sept comme l’Ourse alors que six seulement sont visibles. Ainsi est-ce que les poètes de la Pleiade accordèrent leur vénération à celui d’entre eux qui n’était pas poète et n’a pas laissé de traces. De même dira-t-on qu’il y a un rapport entre Rome aux sept collines et Rennes aux six sommets.

Virgile, chantre d’Evandre et de Pan nous a transmis une foule d’énigmes si évidentes que l’on répugne à les aborder. De quelle Arcadie parle-t-il qui, située en Grèce, dramatise un folklore sicilien dans un décor des environs de Mantoue, terre natale du poète ? Pourquoi est-ce à son sourire que l’enfant nouveau-né doit apprendre à reconnaître sa mère ? Quel est le sens de la dernière églogue où la faillite du dieu Pan s’accompagne d’une remontée vers le nord, « neiges des Alpes et frimas du Rhin ? » Est-ce vers la Grande Ourse et la pôle sidéral que remontent les Arcadiens ou bien vers le pôle géographique de la même manière qu’un Marseillais monte à Paris ?

La dénaturation de Virgile par son passage dans l’imagination chrétienne ne gêné que les historiens. Les poètes au contraire jugeront que les dérivées d’une fable sont aussi riches que son origine. Même on peut concevoir un progrès dans l’imagination qui permette d’éclairer la fable originale par ses dérivées. Etant âgé de trente-trois ans Virgile achève les Bucoliques, période qui semble si importante aux chrétiens qu’ils voulurent faire mourir le Christ au même âge afin de solidifier le rapport que Plutarque avait déjà établi entre la mort du Christ et celle du dieu Pan. Puis Dante, se réclamant de Virgile répartit sa Divine Comédie en 34+33+33 chants dont les trois répartitions s’achèvent par le mot « Etoiles » .

Quant à Hermès, pourquoi les chrétiens seraient-ils gênés de reconnaître en lui la figure du « bon pasteur », portant l’agneau sur les épaules, le père d’Evandre et Pan ? Une religion en bonne santé ne casse pas les idoles, elle les renverse. Et l’on ne voit guère pourquoi les « crossés languedociens ne se tiendraient pas à mi-chemin entre ces tas de pierres au long des routes où le passant jetait son caillou et les calvaires qui se dressent à la croisée des chemins.

Ces jeux requièrent une attention bien plus éveillée que les disciplines scientifiques où l’on peut fermer le livre et se reposer. Ce qui est en nous du poète renouvelle sans arrêt le signe de la Vierge et le cycle des temps saturniens.

Voyez-nous quatre en ce moment réunis autour de la bouteille de vin, de quelle tétralogie tenons-nous ? Celle de Virgile qui donne Sagittaire-Poissons-Gémeaux-Vierge ? Ou celle du Tarot de Marseille à l’arcane XXI, Taureau-Lion-Scorpion-Verseau ?

Une voix quadrilingue précipite les adieux. Lisbonne est l’escale où les boiseries de l’aérogare ont couleur de porto. Dans le bar désert où Anne et Charlot ont prit place, entre un monsieur mélancolique.

LE MONSIEUR – Je me présente : Labouisse, capitaine du thonnier « La Gamine ».

ANNE – Vos billes sont restées dans une statuette, et la statuette dans le frigo de notre appartement, rue du chroniqueur Bénites Inglot. Dépêchez-vous, on va jeter à l’eau.

LABOUISSE – En dédommagement de peines que vous avez prises pour moi, veuillez recevoir ce modeste cadeau.

Il s’en va. Son modeste cadeau est un opuscule, « Eleonoriana » où l’auteur semble avoir consigné la biographie de toutes les femmes célèbres qui portèrent le nom d’Eleonore. Cependant la voix quadrilingue rappelle les voyageurs. En puisant les billets dans sa poche, Charlot y retrouve la carte « Bons baisers à bientôt » qu’il croyait bien avoir envoyée à ses parents. Juste assez de temps pour recouvrir le timbre espagnol d’un timbre portugais, mais pas assez pour mettre à la boite. Ce sera pour Anvers.

Anvers, c’est là que ça bifurque. Un film « La princesse vous demande » retient Charlot en Belgique tandis qu’Anne poursuit sur Paris où l’attendent sa maison et son métier. Par la verrière du hall de l’aérogare on ne voit que la nuit, cette nuit, non pas de celles où six mille étoiles brillent de toutes leurs forces, mais familière, ailée, profonde et plate comme l’autre jour cette toile goudronnée derrière la meurtrière.
ANNE – Reprends la bague de Critias.

CHARLOT – Je te la prêterai quelquefois.

ANNE – C’est comme tu veux.

Appel de la voix quadrilingue. Anne s’en va par un vent de nord-ouest dont le sifflement remplit les solitudes, plus menaçant que le silence. Cette blancheur là-bas pourrait bien être la main d’Anne qui fait au revoir à Charlot, ou un oiseau blessé qui reprend des forces. Regardant vers les lumières du hall Anne pour sa part se demande si c’est bien Charlot là-haut qui la salue ou bien la silhouette d’un papyrus, la plus maigre de toutes les plantes grasses. Non mais dis-donc, quelle littérature. Voici venus les temps de l’écriture artiste, multiple, rayonnante, heureuse, où le jour luit parmi l’immensité restreinte de la nuit. Ils n’oublierons pas l’envers du quai d’Anvers, debout l’un dans le hall et l’autre sur la piste, comme des arpenteurs. Et cela se désiste, par l’avion qui vrombit, par les mouchoirs mouillés et par, au juke-box, le chanson des Beatles.


Hello, hello
I don’t know why
You say good bye
I’ll say hello

Salut, salut
J’ignor’ pourquoi
Tu dis bye bye
Je fais salut.


Mais voilà-t-il pas que la porte de l’avion, victime d’une avarie n’a pas voulu se fermer. Anne et Charlot se retrouvent dans le hall.

ANNE – Charlot !

CHARLOT – Anne !

ANNE – Attends !

Il y a dans ce hall un marchand de soieries dans une cage de verre. Anne y fait l’emplette de la plus belle cravate du monde, fleurie et feuillue. Elle passe la cravate au cou de Charlot. Un jardin d’hiver fait l’orgueil de cet aérogare. Tous deux vont s’y asseoir . Ils songent à l’amour qui survit aux séparation, à ce qui resterait d’eux si tout à coup on leur ôtait la mémoire.

ANNE – Ce hall de gare est une assez bonne image de l’éternité. On n’arrêterait pas d’y prolonger les séparation, d’y rafraîchir des retrouvailles.
CHARLOT – Moi l’éternité je la verrais plutôt comme un message qui s’arrêterait pas de courir après son destinataire. Bon baisers à bientôt ». Oh merde ma carte, mes pauvres parents.

En Belgique les boites aux lettres ont la forme d’un tabernacle et la couleur d’une voiture de pompiers. Charlot y jette sa carte pour s’aviser, merde de merde, qu’un timbre belge aurait dû recouvrir le portugais. Ah si le Montagne de Feu sur papier glacé pouvait incendier cette boite aux lettres depuis les intérieurs, voilà qui donnerait aux pompiers une bonne leçon.

CHARLOT – Embrasse-moi de si près que je ne te voie plus, que tu ne me voie plus.

ANNE – Un amour comme le nôtre on n’en compterait pas deux sur les trois cinquième des doigts d’une seule main.

CHARLOT – On en ferait un livre.

ANNE – Tu le dédierais à tes trois mères, celle qui t’a eu, celle qui t’a refait, celle de ton fils.

Rappel de la voix quadrilingue. Cette fois il n’y aura pas de rémission. Charlot, histoire de se tenir au courant de ce qui se passe dans le monde depuis qu’on la quitté, consulte le « Figaro Littéraire ». Ah par exemple, on fête demain le cent-vingtième anniversaire d’ « Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée ». Tout à sa lecture Charlot, sortant de l’aérogare, va s’écraser dans la porte vitrée que saint Jérôme a décrite dans son projet d’urbanisme pour Sion ressuscite.


Portae autem istius civitatis de lapide sunt cristallo quo lapide nihil purius est.
Denique vehementissimis Alpinum frigoribus et inaccessis speluncis concrescere aquae dicuntur, et tacti quidem lapidem, visu aquam esse

Les portes de cette cité sont en cristal de roche, dont il n’est pas de roche plus pure.
Ainsi dit-on que par le froid très véhément des montagnes alpines et par les grottes interdites du soleil, les eaux s’agglomèrent en cristal est pierre au toucher, eau à la vue.