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"Le Mat"

LE MAT





Les chiens de Dagobert
Étaient de gale tout couverts ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Pour les nettoyer
Faudrait les noyer.
Fort bien, lui dit le roi,
Va-t-en les noyer avec moi





En l’an de grâce 1009 Eustache de Jumièges marie sa fille, Agnès la Belle âgée de 18 ans, à Hugues au Long Nez, cadet mérovingien.

Le mariage étant secret on ne verra ni anneau ni bague au doigt de la Belle Agnès. Eustache premier du nom nait de cette union. Cinq ans plus tard le père subit une mort dont on veut bien qu’elle soit accidentelle. La belle veuve épouse Ernicule, comte de Boulogne, lequel adopte Eustache I voyant en lui un dépôt de la Providence. Ce second mariage est ainsi secret que le premier.

« La princesse vous demande » débute au moment où la Belle Agnès est devenue si frilleuse que, même devant l’autel et même à table, elle garde les mains dans son manchon. Dans l’intimité un majordome lui donne la becquée, aux repas d’apparat elle aime s’entourer de convives aux belles mains, les regarder quand ils boivent leur bouillon ou qu’ils découpent le canard. Un jour la Belle Agnès fait une chute qui écarte le manchon et manifeste qu’elle a des moignons au bout de bras. L’histoire évitera de le mentionner.

Les prises de vue débutent le 1er janvier 1968 au château de Rixensart, bien connu des touristes bruxellois pour ses allées de gravier noir ou de mâchefer que Lenôtre a dessinées. Tandis qu’on règle les lumières dans le salle à manger et que dehors il pleut . Charlot (rôle de majordome) se tient sous le porche où, dans un octogone de faïence, s’inscrit le blason espagnol, tour de Castille et lion d’Aragon. Pour obtenir le blason canarien il convient d'ajouter des chiens, les voici justement, un mâle et une femelle, batifolant dans la pluie sur l’octogone de pavés où roulaient jadis les carosses.

ASSISTANT – Charlot, sur le plateau !

Charlot a un mouvement brusque où se disjoint son mini-magnétophone. Il donne cet appareil qui enregistrait son enquête depuis un mois à l’ingénieur du son pour qu’il le répare et se rend dans la salle à manger où l’on tourne. Deux princesses sont là, assises sur une banquette, la maîtresse du château annoblie par son lignage, et la comédienne annoblie pour les besoins du film. Il leur baise la main. Ce qu’on demande à Charlot ne va pas chercher midi à quatorze heures, c’est comme si c’était fait: un invité entre auquel il doit dire que la princesse le demande.

  1. Moteur.
  2. Tourne.
  3. Annonce.
  4. Princesse 0 première.
  5. Action.

Charlot aperçoit le reflet des deux femmes dans le pavé mosaïque noir et blanc ; princesse actrice et actrice princesse se superposent comme dans le regard de Critias la loucheuse.

LES DEUX – Bientôt tu me verras face à face.

Quelle princesse le demande, Charlot se le demande. Il ouvre la bouche, aucun son ne sort. Sur le pavé mosaïque déferle un torrent d’images. Il les reconnait bien ces dalles qui font face au quatre coins de l’échafaud, dalles de pierre blanches où ne reste plus trace du sang versé par le bourreau. Roseline cette fois vient de mourir définitivement et Charlot tombe à toute vitesse dans une espèce d’enthousiasme. Maintenant c’est au tour d’Anne de se conjuger à l’imparfait de l’indicatif où elle va trouver sa perfection, c’est le temps d’aimer en elle la pucelle qu’on n’a jamais connue, ce que jamais on ne verra deux fois ni même une seule.

Muselière qui voulait mordre, muse qui perdait son dents, elle était sa rose de Jéricho fleurie dans la nuit de Noël, sa turquoise du Sinai, il l’avait reçue du ciel et ne l’aurait pas échangé contre une forêt de guenons . Une aventure inscrite entre un baiser sur les pied et une cravate fleurie autour de cou ne doit pas déborder seulement. On remettra ça une autre fois, dans une autre vie, on dira qu’on s’attendait, on fermera la porte et tout ce qu’on connaissait par cœur on le respectera comme au théâtre.

A L’éventaire d’un marchand de journaux apparait Eugene Ionesco plus grand que nature et qui, s’étant débarrassé d’Amédée, vient enfin de rater sa vie. Un placard à double fond s'ouvre chez Valérien Aries, révélant un palais immense comma la bouche et cerné d’un colonnade de dents en or massif.

METTEUR EN SOMME – Coupez. Ben alors, Charlot, ben alors ?

CHARLOT – J’ai ou un trou.

Fin de fantasmagorie. Les deux princesses ont repris leurs autonomie.

  1. Moteur.
  2. Tourne.
  3. Annonce.
  4. Princesse 0 deuxième.
  5. Action.

CHARLOT – La princesse vous demande.

METTEUR EN SOMME – Coupé. Ca va.

L’ingénieur du son remet à Charlot son appareil réparé mais lui fait part de son étonnement devant un engin dont il ignorait l’existence, le mini-magnétophone émetteur-récepteur de radio, espèce de walkie-talkie muni d’un dispositif enregistreur. Ah les vaches, pense Charlot, voila qui explique pas mal de choses dans ce réseau de coïncidences qui enserra sa vie canarienne. Tout cela était télécommandé, suggestionné par une dizaine peut-être d’appareil semblable à celui-ci. Furieux il dépose son appareil sous la-pluie, sur le table du cadran solaire, mais voila les fantasmagories qui reprennent de plus belle.

Un double arc-au-ciel étend son manteau royal sur notre espèce entière faisant de sa défaite un triomphe. Le mot ASILE s’inscrit au néon sur la bonde incurvée. Charlot pénétrant sous son porche découvre un tronc minuscule surmonté d’un plaque de cuivre.

ARMEE DU SALUT

ASILE



CHARLOT – Non, non, pas encore ! pas déja !

Il ressort précipitamment. Vingt deux pas dans la pénombre. Quelqu’un lui touche l’épaule. C’est Silfax qui lui rapporte son magnétophone.

CHARLOT – Gardez, c’est un cadeau.

SILFAX – Ma visite vous surprend.

CHARLOT – Pas vraiment.

SILFAX- Il me faut la bague.

CHARLOT – Je l’ai perdue à Lausanne.

SILFAX – Pas la votre.

CHARLOT – Celle de la petite comtesse ; elle est à Las Palmas.

SLIFAX – Non plus.

CHARLOT – Celle qui vous a fait tuer la dame qui louche et le révérend père.

SILFAX – Vous m’avez vu ?

CHARLOT – Dans l’embrasure d’une porte de l’auberge, oui, et au balcon d’un deuxième étage avec une dame aux yeux violets.

SILFAX – Alors, la bague, Obeissez.

CHARLOT – Au doigt et à l’oeil ? Fourrez voir l’un dans l’autre.

SLIFAX – N’ajoutez pas un mort sur la conscience ; on pourrait bien vous suicider.

CHARLOT – Ombre ou homme certain , misère de moi va-t-en.

Le canon d’un revolver à silencieux surgit entre eux.

CHARLOT – Vous êtes fou.

SILFAX – Heureux les fous car le royaume des cieux leur appartient.

CHARLOT – Fou est le plus proche du roi.

SILFAX – Il est Mat, l’effet ruineux du circuit. Pas de numéro d’ordre, pas d’échec sans lui, luxe indispensable au jeu, chevalier errant, mort pour les persane, paillasson pour les anglais. Les sarrazins m’ont légué « Les secrets du monde », la Cagliostro m’eut pour secrétaire. Ayant pu devenir Nostradamus, Flamel, Vincent de Paul, nous pourrions devenir à nous deux toi, mat at your doormat.

Charlot subjugué prend le bijou dans sa poche et le jette à Silfax qui l’attrappe de la main gauche.

SILFAX – Tu as raisonné comme une pantoufle, mon petit. Quel intérêt présente ta vie maintenant que tu as perdu l’anneau ? Aucun. Je t’en débarrasse.

Un sifflement strident sort du magnétophone amenant sur place un détachement de gendarmes. Silfax aux prise avec un gendarme roule par terre avec lui. « Plop » fait le révolver à silencieux. Le gendarme se relève ; par deux déchirures appariassent son genou et son bras. Silfax mort est chargé sur une civière ; pendant le transport sa main gauche trainant par terre laisse échapper la bague que Charlot il voit rouler dans une bouche d’égout. Plus tard quand les gendarmes demandèrent si l’agresseur avait prétendu le voler, Charlot dira que non. Alors on apprendra que Silfax connu et recherché sous-bien d’autres noms s’était évadé d’un asile psychiâtrique depuis plusieurs années et qu’un coup de fil anonyme avait amené la police à Rixensart, affaire banale qui ne méritait même pas l’insertion dans le chiens écrasés.

Les morts sont revenus ; c’est là qu’est leur délire ; un pas flotte et Charlot entend. Un pantoufle glisse, un courant d’air soupire et Charlot dit : « C’est __stant ». Il voit un beau miroir chez un antiquaire, il l’achète et le promène au long de sa route, jusqu’à la gare. Désormais cette enquête il la poursuivra comme un grand, sans walkie-talkie ; il tient à en informer Valérien Ariès qui ne entend pas tout à fait de cette oreille.

VALERIEN ARIES – (au talkie) Rapportez l’appareil aux films de « Poulpiquet » qui vous attendent pour signature du contrat.

CHARLOT – (au walkie) Vous alors ...

VALERIEN ARIES – Terminé.


Fin.