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"La Justice"

VIII. LA JUSTICE





Le roi faisait des vers
Mais il les faisait de travers.
Le grand saint Eloi
Lui dit : « O mon roi
« Laissez aux oisons
« Faire des chansons
« C’est vrai, lui dit le roi :
« C’est toi qui le feras pour moi.





Il est passé le temps où Anne prenait les chagrins de ses amants pour des preuves d’amour ; la grande fille vit à sa guise maintenant, ne faisant de mal à personne, pas même à Charlot que voila bien avancé dans Las Palmas où il ne connait pas un gilet pour y pleurer. Si seulement hier soir il avait fait un geste pour la retenir, ou ce matin, s’il lui avait administré une bonne fessée, mais non, il est allé brandir son drapeau rouge de fidélité dans la rue, s’en draper, se le coller où je pense. Alors tout de même, oui tout de même, quand elle a dépouillé sa robe en or, qu’elle l ‘a accrochée au cintre, qu’elle se voit nue dans la glace, avec cette triste tempête des confettis de la nuit dernière dans les cheveux impurs, et n’ayant plus rien d’humain que le maquillage de sa figure, elle ne se sent pas tranquille. Sans compter le docteur Solly Mann qui va se pointer à midi. Les rêves sont la fiente du sommeil, ceux qui les font troublent l’eau pétrifiante et la prennent pour le fond, mais ils sont la spécialité du docteur Solly Mann et, pour ne pas rêver mieux vaut dormir tout de suite. Malheureusement ces choses-là ne se commandent pas.

REVE D’ANNE – Vêtue d’un sari noir brodé d’abeilles blanches je suis l’impératrice Joséphine. C’est ma nuit de noces. J’entre dans la chambre nuptiale en compagnie de Fortuné, mon petit chien, un animal qui n’aime pas qu’on agite sa maîtresse avant de s’en servir. Voyant Napoléon Primate y aller trop fougueusement Fortuné le mord au mollet. L’empereur pousse des cris.

- Attends, monchéri.

Je lui fais une compresse de tilleul qui le vieillit aussi vite qu’elle ne le soulage. Suant et couvert de neige Napoléon arrive à Sainte-Hélène. Sans perdre une seconde il tombe la culotte et montre son mollet à son mémorialiste

  1. Voici, dit-il, la blessure d’un serpent rouge pendant ma campagne d’Egypte.
    « Indignée je sors de ma cachette et je montre le serpent qui, enroulé autour de mon bras, est « bien vivant, rouge, chaud, cassant comme du cristal et coudé comme un tuyau de radiateur. « J’essaie de l’enlever mais il adhère à ma peau par une myriade de minuscules crochets.
    « Le fils de mon premier mariage m’assiste dans cette opération délicate. Quand il est enfin « détaché nous nous avisons que le nombril de ce petit monstre est tout encrassé. Avec une « pince à épiler mon fils extrait du nombril du serpent une pincée de ce tabac dont l’Empereur
    « fait si grosse consommation. Un mégot dans un nombril, et de serpent, on n’a jamais vu ça « qu’en rêve, pensé-je. Le docteur Solly Mann, rosette à la boutonnière, fait précisément
    « son entrée dans les salons de la Malmaison et m’offre une fleur d’héliotrope. Il est magnifique.

SOLLY MANN – Acceptez, ma chère Anne, ce soleil de justice, la seule fleur que les Canariens acceptent
de décapiter.

Il dépose l’héliotrope sur la salette entre les lits jumeaux. A ce moment le réveil sonne.

ANNE – Neuf heures ! Fichtre vous les faites matinales vos visites !

SOLLY MANN – Il est midi.

ANNE – C’est une vengeance de Charlot qui a truqué le réveil pour me faire croire qu’il avait raccourci mon temps de sommeil.

SOLLY MANN – Les franciscains entendent par « nones » la sonnerie de neuf heures aussi bien que de six heures ou de midi. Charlot n’aurait-il pas utilisé ce procédé pour manifester discrètement son intention d’entrer dans les ordres ?

ANNE – Ce serait bien son genre.

SOLLY MANN – Rassurez-vous, les ordres ne voudront pas de lui. Charlot est un païen qui croit à l’unité du corps et de l’esprit. Il est de ces gens qui ne sauraient concevoir l’amour sans fidélité charnelle ; il est une grande âme vague à l’intérieur de laquelle le corps dérisoire n’est guère plus qu’une poussière dans l’œil, un petit pois qui ballotte dans un sifflet ou un grelot. Vous êtes bien mieux taillée que lui pour entrer dans les ordres.

ANNE – Attention à ce que vous allez dire.

SOLLY MANN – Tirant des regards d’autrui la seule existence dont vous vous souveniez, croyant qu’en amour on peut engager le corps sans hypothéquer l’âme ,et qu’il suffit d’une douche pour restituer à l’âme et au corps leur intégrité, vous êtes parfaitement chrétienne.

ANNE – Solly je vous emmerde, ainsi que les franciscains de Saint-Germain-en-Laye qui m’ont élevée.

On parle d’autre chose. Le docteur, commandité par les compagnies d’assurance enquête aux Canaries sur les accidents de voiture. L’archipel constitue un milieu ferme où l’on peut, comme en laboratoire, étudier les phénomènes de la circulation.

SOLLY MANN – Les défauts de la route ou de la mécanique, l’état de santé et même l’âge du conducteur ne sont pas la cause déterminante des accidents, mais bien plutôt l’âme. Il s’agit pratiquement de rechercher ce qui dans tous les accidents revient à un profond désir de mourir ou de tuer, puis d’établir les primes selon un système très différent de l’actuel.

ANNE – En d’autres termes c’est Charlot et non pas mois que vous souhaitiez rencontrer.

SOLLY MANN – souhaiter, oui, mais je sais bien que lui-même n’a aucun désir de me rencontrer. En cette affaire nous nous connaissons tous les uns les autres à ceci près que Charlot, s’il me fréquentait, aurait l’impression de refermer la couronne mortuaire de Roseline.

ANNE – Eh bien il est sorti, Charlot. Sorti, il est, par là ! Et s’il revient, ce sera « vers je ne sais pas quelle heure ».

La conversation est détournée vers Roseline que Solly Mann avait rencontre en Suède au « musée des antiques » où elle trimballait des gentils membres du club méditerranée.

SOLLY MANN – Elle était arrêtée devant un bol en argent doré où figurait le carré magique SATOR.

ANNE – Qu'est-ce que c ‘est que ça ?

SOLLY MANN – Le carré magique SATOR dont la formule complète donne SATOR AREPO TENET OPERA ROTAS n’est pas autre chose qu’un système anacyclique phraséomorphe à quadriple entrée.

ANNE – Ah bon.

SOLLY MANN – « Cet objet, me dit-elle, a été remis en garde aux templiers de Dun « entre 1300 et 1310. » Je la pris pour mythomane, elle me prit pour fiancé. Nous reviennes en France où, sous ses directives, un certain Lhomoy enquêtait sur le trésor des Templiers de Gisors. Affaire horriblement subtile où elle nageait comme un poisson dans l’eau. Lhomoy était chargé de faire croire au public qu’il avait découvert le trésor des templiers au terme d’un galerie souterraine creusée de ses mains sous le donjon, c’est-à-dire dans une « chapelle Sainte-Catherine » inédite. En fait, il y a bien une chapelle Sainte- Catherine à Gisors mais à l’extérieur des remparts et non pas sous le donjon ; elle figure sur le guide de la ville dont les touristes pouvaient faire emplette avant la guerre dans tous les bureaux de tabac. Avec un art consommé Roseline réussit à supprimer les guides touristiques des bibliothèques où il figurait et à persuader le public amateur de trésors que la « chapelle Sainte-Catherine se trouvait sous le donjon.
Ayant longtemps perdu Roseline de vue, je la retrouvai en 1963 à la sortie de l’Ecole de Médicine qui venait de me diplômer. Elle me dit que Lhomoy venait de subir un accident de voiture avec son avocat. Puis je reçus une lettre de ma « fiancée » qui, datée du 6
août 1967 garde à mes yeux une valeur testamentaire. Trois noms y étaient accompagnée d’une croix, le sien, celui de Noël Corbu , aubergiste à Rennes le Château, qui va mourir d’un accident de voiture sur la route de Castelnaudary cette année, et celui de l’abbé Boyer, vicaire général de l’évêché de Carcassonne, gravement blessé d ‘un troisième accident au lieu dit « Le Pont du diable ». Moralité : qui flirte avec le mystère doit se ranger des voitures.

Anne s’est endormie. Le docteur s’assied sur le lit de Charlot et fait la grimace. Passant la main sous le dessus de lit il en retire un caillou gris, lourd, triangulaire comme un cœur et le pose sur la salette de marbre. Il sort de l’appartement sans faire de bruit. Au seuil de l’ascensseur il croise un grand type qui porte sous son bras un canard gonflable en matière plastique. Ce grand type entre dans l’appartement, dépose son canard dans la baignoire et entre dans la chambre. Charlot –car c’est lui – regarde le reveil remis à l’heure, le petit cœur sorti de son suaire et déposé sur le marbre blanc, la fleur d’héliotrope tendue vers la fenêtre où il fait nuit.

ANNE – Bonne journée ?

CHARLOT – J’ai vu huit chiens de bronze devant la cathédrale.

ANNE – J’ai emprunté ton oreiller, le voilà.

CHARLOT – Merci.

ANNE – Moi, tous ceux que j’aime se connaissent et s’apprécient les uns les autres.

CHARLOT – Fonde un club.

ANNE – Pour la nuit dernière, me sentir coupable ? Moi ?

CHARLOT – Manquerait plus que ça.

ANNE – Ce serait ta fête alors.

CHARLOT – Taisez-vous, chienne ; la caravane passe et il y a des gens qui dorment.

ANNE – Serpent qui n’a même pas nettoyé ton nombril.

De la même manière que, cigüe bue, Socrate rabattit le drap sur sa tête, ainsi Charlot enfouit la sienne dans l’oreiller tout imprégné du parfum d’Anne et de sa journée dressa la bilan qui fera l’objet du chapitre suivant.

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