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"L'Imperatrice"

III. L'IMPERATRICE

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La reine Dagobert
Choyant un galant assez vert
Le grand Saint Eloi
Lui dit : « O mon roi !
« Vous êtes cornu
« J’en suis convaincu.
« C’est bon, lui dit le roi
« Mon père l’était avant moi.





Un avion qui passait au-dessus de Gibraltar fut soulève soudain à six-cents kilomètres d’altitude. Quinze jours plus tard environ, l’hôtesse de cet avion, Luciada Samosas reparaissait à Greenwich Village parfaitement indemne et sans le moindre accroc à ses vêtements. Interrogée, cette jeune personne déclara que son avion avait poursuivi le voyage jusqu’à la lune où les passagers s’étaient égayés lors d’une incroyable nouba. Elle même s’étant endormie s’éveilla dans Greenwich Village parmi une réunion de hippies sans du tout savoir comment elle y était venue. L’examen psychiatrique auquel fut soumise Luciada Samosas n’ayant rien décelé d’anormal force fut à la compagnie aérienne de la réengager, et bien lui en prit car les passagers l’avaient adoptée pour fétiche. Elle en prit à son aise témoin l’allocution qu’Anne et Charlot lui entendirent prononcer lors du vol du 21 décembre 1967.

LUCIADA – N’attendez pas, chers passagers, que je vous dresse un parallèle entre l’aéroport d’Orly d’où nous venons et celui de Las Palmas où nous allons. Fût-il aux pommes, un Chateaubriand n’y suffirait pas. On a déjà bien du mal à évoquer Las Palmas, notre capitale, sinon par son exotisme si typiquement typique d’ailleurs, son parfum d’auberge espagnole qui fait n’importe où le charme de n’importe quoi, son pouvoir de vous offrir scrupuleusement la somme de bonheur que vous y aurez vous-mêmes apportée.
Bienvenue donc à Las Palmas, villégiature d’avenir qui bientôt débarrassée de ses palmiers et autres végétations parasitaires s’alignera parfaitement sur les architectures parisiennes du Rond-point de la Défense. Veuillez cesser de fumer afin de boucler vos ceintures plus aisément, et comme la mer en se rapprochant risque de vous comprimer le tympan, veuillez vous introduire le chewing-gum dans les oreilles. Dank-U.

A l’aéroport, Anne et Charlot sont accostés par un nommé Silfax, chauffeur chargé de remettre le buste de Platon à la direction du festival, mais qui à encore la gentillesse de déposer leur bagage à l’appartement de la rue du Chroniqueur Bénites Inglot. Eux, comme il est encore trop tôt pour ne rien faire, vont visiter la ville basse et en particulier le Rio , un fleuve qui a cessé de couler un peu avant l’arrivée de Christophe Colomb. Les ponts sont restés. Parfois dans sa mure saison quelque savant fervent, quelque amoureux austère vient rêver aux jours où le flot n’était pas pétrifié, s’accoude au paravent (vulgairement parapet) et, dans l’espoir toujours déçu de former des ronds entre deux airs, crache sur les cailloux. Des enfants viennent aussi, non pour cracher, mais pour déposer sur la berge une barquette en papier lestée qui d’un noyau d’olive, qui d’un ver de terre, comme si le flot régénéré devait emporter ce frêle esquif vers la mer. Jeunesse. Jeunesse que des badauds regardent faire en tirant de leur cigare des ronds de chapeau qu’ils échangent contre des vagues littératures.

ANNE – Sur la rive droite il y a un beau tilleul. L’an dernier, quand j’y suis venue avec Primate, ses
branches étaient remplies de moineaux qui hurlaient.
Ils y vont, mais de moineaux pas plus dans les branches qu’au firmament ni même au firpapa. La vertu du tilleul les aurait-elle endormis?

CHARLOT – Le tilleul est pour le Grecs « Phylira » qui désigne plus particulièrement, entre le bois et
l’écorce, cette membrane avec laquelle on fit le premier papier. Si donc les oiseaux se
taisent aujourd’hui, ce n’est pas qu’ils dorment mais qu’ils écrivent.

ANNE – Avec Primate ils hurlaient.

CHARLOT – Parce qu’il est illettré.

La cathédrale est voisine du tilleul, sous son porche une plaque de marbre rappelle que depuis un siècle trois anciens futurs papes en ont franchi le seuil. « A nous deux, supputent Anne et Charlot, c’est une chance sur cent trente-huit mille que nous avons de coiffer la tiare et d’associer un jour, qui sait, papesse et sous-pape de sécurité’’. Or, passant derrière le bâtiment, voila que Charlot s’arrête comme hypnotisé. Anne voit une muraille de pierre rouge, un escalier large menant à une porte condamnée où le lichen sur la rampe, l’herbe sur les marches, prouvent que l’on n’est pas, depuis belle lurette, passé par là.

UNE VOITURE DE POMPIER – Pain-pont pain-pont pain-pont pain-pont pain-pont.

ANNE – Tu dors ?

CHARLOT – Je suis venu ici avec Roseline.

ANNE – Ca m’aurait étonné, celle-là, qu’elle ne vienne pas sur le tapis.

CHARLOT – Je l’ai vue ici pour la dernière fois ; les pompiers, le mur, les couleurs, la porte, tout y est.

ANNE – C’est à Rodez que tu l’as vue pour la dernière fois, merde, sur la place Emma Calvé.

CHARLOT – Et bien ils ont transféré la place Emma Calvé depuis la Cathédrale de Rodez jusqu’ici.

ANNE – Qui « ils » ?

CHARLOT – Ceux qui s’occupent de nous depuis si longtemps.

ANNE – Rentrons.

Ils gravissent la ville haute, silencieux, tirant la gueule et debout sur le balcon du logement de la rue du chroniqueur Benites Inglot, regardent le majestueux paysage qui situe le « building Triangular » au terme d’un chantier de démolition construction. Entre deux villas sur la gauche, pour faire joli, on voit un triangle de mer aussi aigu qu’un quart de brie.

ANNE – Je me couche pour deux jours. Fais-moi du tilleul comme pour un régiment.

Elle est furieuse, Anne. Cette Roseline quand cessera-t-elle de surgir , cette défunte rodézienne qui fut, imaginez la salade, fiancée au second mari de la première femme de Charlot. De fureur Anne marche presque au pas de gymnastique dans l’appartement tout en téléphonant partout, à la grande petite comtesse Marie-Madeleine, au général David-Leroy, à un portier d’hôtel pour avoir des nouvelles du señor Primate. O tell me all about Anne. I want to hear all about Anne, you know all Anna Livie Plurabelle ? yes of course. A la fin elle se jette sur son lit. Charlot à la cuisine songe que tous ces gens qu’on ne connait pas, c’est la barbe.

CHARLOT – D’être en être sans fin.
la nourriture passe, la terre nourrit l’herbe et l’herbe le mouton, les mouton nous nourrit,
nous voyons dans la glace la barbe que nourrit son père le menton. La barbe oui. Figaro ci
Figaro là. Ah che bel vivere per un barbiere di qualita.

Dans le miroir et dans l’eau frémissante de la casserole à tilleul Charlot voit, de derrière son visage mal rasé , se former doucement Roseline aux yeux noirs et blonde comme en son enfance où il ne l’a pas connue quand elle courait dans les allées en réclamant sa panade. Elle tient dans sa paume une pomme de Nubie dont le seul parfum est une nourriture que se partagèrent Judas et Pilate.

ROSELINE – Pour toi, pour nous, pour le chien.

CHARLOT – Une pomme douce pour mettre à la bouche ; c’est pour qui ? C’est pour moi que Jésus est
mort en croix.

ROSELINE – Fourier qui l’avait payée quatorze sous dans un restaurant parisien en tira l’idée du
phalanstère. Le restaurant le tenait d’Amédée Pommier, le mauvais écrivain que Balzac
engagea pour mettre en vers la comédie humaine. C’était la pomme historique descendue
jadis sur le tête de Newton avec notre gravitation universelle vers la tombe, mais aussi sur le
nez de Cyrano quand regardant la terre entre ses jambes il la vit dorée sous les espèces d’un
fromage de Hollande. Et c ‘est encore la pomme derrière laquelle le fils de Guillaume Tell
s’abrite d’une grêle de flèches, et encore qui, quand le berger Paris l’eut offerte, causa la
guerre de Troie par deux déesses contre trois. Et enfin celle d’Adam hésitant à la moitié du
kiki entre notre honte à ravaler et notre histoire à vomir.
Ma pomme c’est moi. Voilà j’ai fini. A toi de chanter maintenant ma chanson favorite :
« Histoire d’O ».

CHARLOT – He Léonor
Finir ton lion d’or
Paul a fait « Han ! »
Pauline « Raie a jeu ! « 
O rayé, couverture
Rayez couvée, frayez roture
O fa o fa
O fa o fa o fa

Le buste de Platon se met de la partie. Tous trois debout sur la rampe couverte de lichen, tournant le dos à la porte condamnée reprennent en chœur ininterrompu.

TRIO – Only this
bis bis bis
And nothing more

Que de choses à faire avant de réfléchir. Et puis réveiller Anne pour lui administrer ce tilleul qui fait dormir, est-ce bête.