Warning: include(/home/societec/public_html/password_protect.php): failed to open stream: No such file or directory in /home/societec/public_html/chapitres/fortune.php on line 1

Warning: include(/home/societec/public_html/password_protect.php): failed to open stream: No such file or directory in /home/societec/public_html/chapitres/fortune.php on line 1

Warning: include(): Failed opening '/home/societec/public_html/password_protect.php' for inclusion (include_path='.:/opt/cpanel/ea-php72/root/usr/share/pear') in /home/societec/public_html/chapitres/fortune.php on line 1
"La Roue de Fortune"

X. LA ROUE DE FORTUNE





'

Du bon roi Dagobert
Les bas étaient rongés des vers ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Vos deux bas cadets
Font voir vos mollets.
C'est vrai, lui dit le roi,
Les tiens sont bons, prête les moi.





Le général David-Leroy et la Présidente sa mère, descendent la rue du chroniqueur Bénitès Inglot. Ils sont dans presque tous leurs états.

GENERAL – Depuis dix ans que vous les affichiez, vos quatre-vingt dix ans, il était temps qu’on en voie la couleur.

PRESIDENTE – Tu avais peur que mon âge te vieillisse, hein ?

GENERAL – Avec les dix ans dont vous vieillissiez depuis dix ans et les dix dont je me rajeunissais, cella fait vingt ans, vingt ans que si on pouvait les retourner comme un gant, je vous ferais un amant préférable au sadique de père dont vous m’avez coiffé.

PRESIDENTE – Sadique ton père !

GENERAL – Et de toute manière, vingt ans nous séparent, alors pourquoi en faire quarante ? Alors est-ce que je vous demande s’il y a quarante ans que je n’ai plus vingt ans ou vingt ans que je n’en ai plus quarante ?

PRESIDENTE – Sadique ton père !

GENERAL – J’appelle sadique un père qui sous prétexte de prolonger sa gloire de sous-préfet fait vivre son fils en dortoire depuis le pensionnat des Pères Salésiens jusqu’aux casernements de Cherchell. Et une mère qui prétend étrenner la mini-jupe au jour de ses quatre-vingt dix ans, comment est-ce que je l’appelle ?

PRESIDENTE – Et un fils qui, à l’âge de dix ans prétendait encore, prétendait déjà épouser sa mère uniquement pour chagriner son père ?
Cette altercation les a menés à la porte d’Anne et Charlot. Il est deux heures du matin. On leur propose un tilleul.

GENERAL – Mettez-lui du whisky dans une tasse, à son âge elle n’y verra que du feu.

PRESIDENTE – Depuis qu’il fréquente ses psychiâtres, il me fait vivre dans l’obscénité.

GENERAL – Un homme à qui j’enseigne la pêche au mérou et dont j’ignorerais encore tout s’il n’avait égaré et moi retrouvé ses papiers dans mon youyou. « Docteur Solly Mann, psychothérapeute » voilà ce qu’elle appelle mes psychiâtres » !

Anne et Charlot qui sous le rapport des sciences psychologiques se flattent d’en connaître un rayon entreprennent de démontrer à la Présidente qu’un psychiâtre n’est psychiâtre que dans son cabinet, aux jours ouvrables et pendant les heures de consultation ; un qui pêche le mérou n’est pas plus psychiâtre que n’est général un général quand il joue au ping-pong. L’on peut également faire valoir que si, sur un champ de bataille un général perd son képi, le speakiâtre aura tôt fait de diagnostiquer une nostalgie de la vie civile ; de même dira-t-on qu’un speakiâtre qui perd son orthographe ou ses papiers manifeste par là même qu’il renonce à ses fonctions, même si ces pertes reposèrent sur un désir que quelqu'un les retrouve.

GENERAL – Absolument. Il faudrait inciter les piâtres à porter par exemple un képi pour publier leur fonction.

PRESIDENTE – Moi je suis pour Jésus Christ qui, sans porter le moindre képi, a trouvé le moyen de guérir les malades, marcher sur l’eau, favoriser la pêche et prêcher sa religion.

Cette réflexion insolite fait marquer à la Présidente un point. Soulevant sa voilette violette semée de petites étoiles en taffetas noir, s’y envoyant par dessous une rasade de whisky pséudo-tilleul, et relevant un peu sa mini-jupe, elle aborde le vif du sujet.

PRESIDENTE – Hier à midi, figurez-vous qu’un homme a jeté dans le bénitier de la cathédrale un fromage. C’était une « tête de Maure » laquelle s’est ouvert dans sa chute, révélant une cavité où était cette lettre dont le sacristain n ‘aurait su que faire si, passent par hasard, moi je n’avais connu le destinataire. Cette lettre, la voici, mon cher Charlot, elle vous est adressée.

Charlot met la lettre dans sa poche. Qu’est-ce que cela veut dire cette drôle de manière de faire jouer le hasard pour lui faire parvenir une lettre qu’il ne cessait de trimballer avec lui. Le général, voyant sa perplexité évoque ses débuts dans les services du contre-espionnage.

GENERAL – Un mémoire universitaire sur le carré SATOR m’avait mené à Stenay, petite ville des bords de Meuse, comme si elle en était l’origine ; là j’eus la surprise d’y rencontrer l’auteur des « Aventures d’Arsène Lupin » qui était arrivé aux mêmes conclusions : si le nom de Stenay, dérivant de satanacum, désigne le domaine satanique, on le fera tout aussi bien dériver de satornacum, domaine de Saturne et du carré magique.
Maurice Leblanc aurait pu être mon père et sa science dépassait la mienne mais ma manière de rêver lui convenait. Ainsi avons-nous déliré sur la quadrature du cercle ; c’est-à- dire sur les rapports du carré SATOR et du dieu Saturne de l’âge d’or et mangeur de ses enfants, celui dont la planète est une boule cerclée d’un anneau. La guerre de 14 éclatée, Maurice Leblanc dut partir, laissant la place au Kronprinz, fils du Kaiser Guillaume II et maître magicien. Dois-je dire que le Kronprinz n’était chef de la V⁰ armée qu’en apparence. Ayant pris ses quartiers au « Château des Tilleuls », dans le maison du Verdier, le Kronprinz s’y faisait photographier dans une tranchée factice mais consacrait tout son temps à la recherche du trésor de Stenay. C’en vint au point que le Kaiser, craignant que son fils ne devienne fou, lui envoya une escouade de gendarmes déguisés en garde d’honneur qui le ramena de force au Quartier-Général.
Bref, les trois ans que j’ai passés avec le Kronprinz excèdent en splendeur tout ce que j’ai vécu depuis lors. Maurice Leblanc les a rapportées à mots couverts dans « L’éclat d’obus » un roman franco-prussien qu’il faut littéralement lire « entre les lignes », œuvre étonnante qui ne risque pas d’attirer fort l’attention du fait qu’Arsène Lupin n’y joue qu’un rôle de figurant, le mien. Deux œuvres, en fait, complètent « L’éclat d’obus », soit « La tentation de Saint Antoine » par Gustave Flaubert, père spirituel de Maurice Leblanc, et « Pélléas et Mélisande » de Maeterlinck-Debussy, où Georgette Leblanc, sœur de Maurice et que j’ai un peu fréquentée joue aussi son rôle. La conjonction de ces trois ouvrages accessibles à tous permet de découvrir le trésor de Stenay. Mais le quatrième document fait défaut ; il s’agit de la correspondance du Maréchal de Vauban dans l’année où, assiègeant Stenay, il y fit des travaux de terrassement et découvrit le souterrain. Le Musée de l’Armée détient toute la correspondance de Vauban, sauf cette année là, mais tout n’est pas perdu, hein Charlot.

CHARLOT – Comment ?

GENERAL – Elle se trouvait au château du Roeulx chez votre grand-mère.

CHARLOT – Roeulx a brûlé pendant la guerre de 14.

GENERAL – Et les lettres se sont volatilisées dans l’incendie ? A d’autres, mon vieux ; elle existent, elle vous reviendront en votre qualité de dernier héritier de Vauban, mais ce jour-là, numérotez vos abatis. Croyez-vous que nous nous rencontrions par hasard ? Et que tout-à-fait par hasard vous vous êtes placé sous l’invocation du bon Dagobert, deuxième du nom, roi d’Austrasie, domicilié à Stenay, celui qui périt d’un coup de hache dans le crâne et dont la « tête de mort » ramenée à Mons par Regnier au Long Col y fut placée dans un reliquaire en argent et déposée dans la chapelle des Sœurs Noires. Au cours sous la guerre de 14 la tête de Dagobert revint en sa ville de Stenay sous la garde de Jean de Habsbourg qui, en 1919 le remit à Marinette Denarnaud domiciliée dans l’Aude à Rennes le Château, laquelle l’inhuma sous l’autel de l’église d’où il fut à nouveau exhumé le 31 mars 1956 pour figurer enfin à Carcassonne chez le docteur Malacan.

Tant de passion déversée sur le vieilleries énerve l’auditoire. Ce général royaliste évoquant une royauté disparue sans descendance depuis plus d’un millénaire, est bouffon. Pour les Capétiens, passe, ou même les Carolingiens, mais les Mérovingiens maintenant !

GENERAL – Carolingiens et Capétiens ne sont que des ministres annoblis par l’Eglise dans leur descendance. Ils n’ont pas plus valeur que l’hérédité napoléonienne. Le régime démocratique aura au moins eu cet avantage de nous montrer qu’on ne peut pas devenir noble ; on l’est ou on le nait. Or les Mérovingiens sont notre seule source de droit divin, seuls à détenir la signature, à pouvoir écrire « Clotaire, roi au nom du Christ, a souscrit ce précepte ». En l’an 654 la signature de Clovis II précède quarante-neuf évêques et dignitaires. Il faut attendre 1379 pour qu’un capétien, Charles V, ose remplacer la croix ou le monogramme par sa signature.

Quand à la descendance, elle existe ; Dagobert II en a laissé une et c’est bien pourquoi tant de silence l’entoure depuis treize siècles. Je connais le roi. Et vous le connaissez beaucoup mieux que moi.

CHARLOT – Moi ?

GENERAL – Et Anne aussi. Le descendant du roi Dagobert, celui devant qui les bas cadets, carolingiens et capétiens, font voir leurs mollets, celui qui, depuis 1962, tire les ficelle de vos biographies, celui qui, a chaque instant, fait preuve de sa magie.

ANNE – Valérien Ariès.

GENERAL – Enfin !

CHARLOT - S’il est roi pourquoi ne fait-il pas valoir ses prétentions.

GENERAL – Le comte de Paris peut prétendre. Le roi est.

De la perplexité qui s’abat sur leur petite assemblée surgit le second motif de cette visite tardive motif beaucoup plus mesquin ainsi que l’on va voir au chapître suivant.

'