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"La Force"

XI. LA FORCE





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"Du bon roi Dagobert
La perruque était de travers ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Que le perruquier
Vous a mal coiffé !
C'est vrai, lui dit le roi,
Je prends la perruque pour moi."





PRESIDENTE – Vous rappelez-vous, ma chère Anne, cette petite Sibylle, notre nièce...

GENERAL – moche de gueule et haut sur pattes ...

PRESIDENTE - ... celle qui dans son enfance avait construit pour les mouches un hôpital en argile dont les murs intérieurs étaient peints en rouge...

ANNE – et qui se promène toujours avec une cage de souris blanches, son journal intime, et son album de photos de famille dont elle rectifie les visages à la plume.

GENERAL – et que nous vous présentâmes lors de notre dernier voyage à Paris.

ANNE – On l’oublierait difficilement.

PRESIDENTE – Elle nous est débarquée le mois dernier ici, sous prétexte, quand j’étais encore en vie, de nous photographier. Nous la recevons un week-end, puis un week-begin, puis la quinzaine, et un mois passe sans qu’elle ne cesse de nous mitrailler. Pris d’un doute, mon fils ...

GENERAL – Pris d’un doute, je lui ouvre le kodak : blow-up il était vide. Elle avait inventé ce truc pour passer des vacances à l’oeil (sic). Alors moi je décide que ma mère va la convaincre, si Las Palmas lui plait d’aller vivre à l’hôtel comme tout le monde.

PRESIDENTE – Moi, pour respecter le code de l’hospitalité, j’invente la visite d’une amie, sans préciser si c’est une vieille amie à moi ou une petite amie du général. Donc Sibylle émigre à l’hôtel mais presque aussitôt y tombe malade.

GENERAL – Tiens donc.

PRESIDENTE – Ah ouiche.

GENERAL – Nous avons su depuis lors qu’au plus grave de sa maladie, cette haute poule qui se portait comme un charme fréquentait de ces joyeuses parties où l’en ne confond pas pince-fesses et piqûre sous-cutanée du cul tanné, ha ha !

PRESIDENT – Dies irae ! ha ha ! Le test de Dies irae !

Elle pouffe interminablement. Les trois autres se demandent ce qu’elle a bien pu signifier par ce « test de Dies irae » qui la fasse tant rigoler. Elle s’explique.

PRESIDENTE – Dans le Dies irae il y a un vers qui dit «  Teste David cum Sibylle » et qu’on peut traduire « Tester David (le général David-Leroy) avec Sibylle (sa nièce).

GENERAL – Vous n’allez pas ...

PRESIDENTE – Je vais me gêner. Imaginez que cette petite à qui l’on donnerait le bon Dieu sans confession – non ce serait bête – et que le général trouve peu fleurie et moche de gueule c’est surtout après sa taille qu’il en a pour n’avoir pas réussi à la grimper.

GENERAL – Allons allons.

PRESIDENTE – Et parce que vous détestez son mari qui était votre voisin à Paris dans le VI⁰ ou le VII-éme.

GENERAL – Enfin bref, une fois remise, Sibylle téléphone à maman qu’elle la reprenne à la maison pour le temps de la convalescence, disant qu’elle logera dans un placard à balais, s’il le faut.

PRESIDENT – Naturellement je refuse.

GENERAL – Vous refusez , mais sous prétexte vos anciennes fonctions à la Croix-Rouge vous engagent envers la souffrance, vous l’invites à déjeuner.

PRESIDENTE – Il nous faut donc produire tout à l’heure cette "amie" qui motiva l’expulsion de Sibylle.

GENERAL – Or, puisque Charlot est comédien, ne pourrait-il pas consentir à, pour la durée d’un repas, se travestir en vieille amie à ma mère ?

PRESIDENTE – Anne sans travesti ferait aussi bien une petite amie à vous général.

GENERAL – Deux, une vieille et une petite, n’est-ce pas un peu outré ?

CHARLOT – Je vous suggère de jouer l’amoureux transi de la petite amie du général qui m’expulserait au derrière à coups de pied dans le dessert. Je fais ça très bien, votre nièce en sera impressionnée.

Il y a dans la proposition de Charlot un je ne sais pas quoi qui les enquiquine. Va-t-on inventer que l’ « amie » , vieille ou petite, est allée de son côté déjeuner sur la plage ou dormir sous l’arc de Constantin ? Non car Sibylle curieuse comme une chatte, sous couleur de se laver les mains, va visiter son ancienne chambre, fouiner partout pour n’y découvrir aucune trace vestimentaire de celle pour qui on l’a chasse. Charlot lance une nouvelle proposition.

CHARLOT – Avez-vous promis, général, d’assister au déjeuner ?

GENERAL – Non.

CHARLOT – Eh bien, ne suffit-il pas de fermer à clef la porte de cette chambre. La Présidente dirait à Sibylle que sa vieille « amie » est allée déjeuner sur la plage ou dormir sous l’arc de Constantin avec le général ?

PRESIDENTE – Moi, pauvre femme, déjeuner seule avec Sibylle ! Féline comme elle est, elle va m’entortiller, m’extorquer une invitation permanente, grignoter nos blés !

A cette angoisse de la Présidente répond la supplication du général qui s’est agenouillé sur le tapis. «  Prêtez-moi votre robe en or, ma chère Anne, dit-il, votre bâton de rouge, une paire de bas, ce qu’il faut pour garnir un placard et donner l’illusion d’une présence féminine ». Charlot s’agenouille devant le général qu’il remercie d’une si excellente solution qui va leur permettre de prendre l’avion de Lanzarote tout-à-l’heure. Anne, les bras croisés, exprime à Charlot son mépris pour les gens qui enferment leur linge sale à clef dans un placard et s’imaginent avoir mis de l’ordre chez eux. Ayant lorgné les étoiles de taffetas qui tapissent le firmament de sa voilette violette et trempé dans sa tasse de whisky pseudo-tilleul une madeleine qui elle avait extraite de son réticule, la Présidente s’est assoupie, tête en arrière, sourcils froncés, une constellation de miettes sur son corsage, la tasse en prodigieux équilibre sur un genou. Un Greuze ont aimé tout ce tableaux qu’accompagne le ronflement distingué de la Présidente. Puis c’et le chant du coq depuis le bâtiment de Halles, l’extinction des néons sur le building Triangular, et la descente des ordures ménagères sur le boulevard. Tandis qu’Anne et Charlot bouclent leur valise, le général réveille la Présidente et bloque la corde tu tirage près de la roulette bricolée à la roue de fortune qui manœuvre le store. La présidente, morne, tenant en ses bras le canard en plastique, est transférée de l’ascensseur à la voiture où elle ne tarde pas à se rendormir.

A l’heure où le cœur tourne en beurre, renvoyant le lait caillé aux lèvres du nouveau-né, où la crépuscule de la lune épouse brièvement l’aube, Anne et Charlot sont dans l’avion. Drôle de paix. Une voix prophétise aux passagers l’altitude, la température, l’itinéraire et sa durée. Puis la porte du pilots s’ouvre, livrant passage à une hôtesse qui a l’aspect charmante d’un adorable rousse, très sommairement vêtue du calot de la compagnie aérienne avec garniture d’olives vertes, et d’un coquillage sur le sexe.

HOTESSE – C’est aux bretons ici présents dans la carlingue que je m’adresserai tout particulièrement. Lancelot du lac leur est bien connu. Ils savent que ce beau chevalier, né au château de Comper dans le forêt de Brocéliande – aujourd’hui Paimpont – sur le rivage d’un des quatorze lacs du domaine familial y vécut jusqu’à quatorze ans. Sa gloire d’éleveur de chevaux leur est également connue, et ses qualités de messager de la fortune, de valet de trèfle porteur du soleil sur la poitrine et de maître d’Aquarius-Verseau. Eh bien l’ile de Lanzarote où nous allons atterrir tire son nom du capitaine breton Lancelot Maloisel qui, l’ayant découverte en 1355 la baptisa. Merci de vote attention. Les Bretons se rengorgent, comme bien l’on pense, mais un Castillan se lève et remet le chose au point.

CASTILLAN – Lanzarote est un nom de chez nous qui désigne une lance brisée. C’est donc notre île qui a baptisé cet oiseau de malheur de Maloisel et non pas le contraire. Quant au Lac de Lancelot il ne s’agit pas d’une petite mare dans la forêt de Paimpont mais bien de l’immense Atlantique que nous survolons. D’où croyez-vous d’ailleurs que viendrait ce soleil sur la poitrine de Lancelot sinon du crépuscule au Nord-Ouest quand le soleil est en Aquarius-Verseau, et d’où viendrait sa fortune on trèfle sinon de l’Eldorado que les yankees appellent Far-West ?

UN BRETON – Il n’empêche que les quatorze lac de la forêt de Brocéliande désignent la moitié du cycle lunaire et la puberté de Lancelot, et qu’on n’en trouve pas trace chez vous.

CASTILLAN – Et le quatorze stations du chemin du croix qu’inventa Saint Alvarez de Cordoue et que ramena chez vous, Bretons, Saint Vincent Ferrier ?

L’hôtesse intervient pour souhaiter la bienvenue à Lanzarote dont la Montagne de Feu entretiendra, dit-elle « sous terre la chaleur du soleil afin d’offrir de belles nuits aux amoureux ». Le calme revient. A l’hôtesse se substitue un stewart vêtu de blanc et coiffé du plat à barbe que Don Quichotte prenait pour l’armet de Mambria.

STEWART – Une belle race de chevaux a fait jadis l’orgueil de Lanzarote. Le prophète Jérémie qui en parle dit que les femelles séduisaient les mâles par leur hennissement. Eustache et Pline fournissent des renseignements plus précis que je ne donnerai pas, eu égard à la pudeur des passagers. Mais c’est sur Platon que repose le meilleur de notre propagande. Sans l’admirable publicité qu’a faite ce grand philosophe aux Canaries, fort probablement personne n’y viendrait aujourd’hui. « Nous devons, dit Platon, notre naissance à l’épuisement d’un couple de chevaux, quand mâle et femelle, tombent sur le flanc, basculent la charette d’où notre âme descend et s’incarne ». Car cette vie n’est qu’une escale dans la spirale des temps, une fabrique de chevaux provisoires. Attachez vos ceintures, et cessez de fumer, la Montagne de Feu s’en charge.

L’avion bascule sa cargaison de passagers sur l’aéroport de Lanzarote. Anne et Charlot éblouis conviennent que le langage de l’hôtesse et du stewart correspond mal au langage des dieux tels que Freud et Jung le rapportent. La voix transmise par les diffuseurs de l’aérogare achève de les surprendre.

VOIX – Passagers de la jument volante qui vient, sur notre île, de vous mettre bas, salut, Hésiode l’a dit - c’était un bon poète – que l’on aborde ici par les sirènes, les hippocampes et même pan ces chevaux marins dont la crinière coupée et semée sur la mer donne naissance aux anguilles. C’est bien ainsi que je vous prends. Merci de votre attention.

Pensifs Anne et Charlot prennent le car de Plage Blanche pour cette auberge où le propriétaire de « La Gamine » leur offre villégiature.