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"L'Etoile"

XVII. L'ETOILE

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Le roi faisait la guerre
Mais il la faisait en hiver ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre Majesté
Se fera geler.
C'est vrai, lui dit le roi,
Je m'en vais retourner chez moi.





L’ukuléliste achève son petit air triste et salue, Anne et Charlot l’applaudissent. Il se rassied, recommence, refinit, ressalue, se refait applaudir d’Anne et Charlot qui, à un moment donné demandent à Jospeh, le fils de l’aubergiste, jusques à quand va durer ce rituel qui les maintient devant le petit déjeuner froid.

JOSEPH – Il ne joue pas vraiment ; il répète sa musique et son salut pour ce soir. Voulez-vous que je l’arrête ?

CHARLOT – Non, avec cette pauvre dame Critias qui s’est noyée hier soir on ne peut pas rêver mieux.

Joseph est un charmant jeune homme, le premier de sa classe. Histoire d’étaler ses connaissances et d’exercer son français il raconte son rêve de la nuit dernière.

JOSEPH – Le savoir du monde entier est rassemblé dans l’immense bibliothèque de Persépolis dont on se demande encore où elle est. Eh bien je l’ai découverte cette nuit. C’était écrit dans toutes les langues du monde, mais je me découvrais moi-même polyglotte universel et je savais par cœur tout ce qu’il y avait dans ces livres aussi bien que si je les avais écrit. Deux désirs contraires se partagent mon âme, la gloire de publier tout cela au grand jour, et celui de garder jalousement ce trésor sans en jamais rien dire. Ma vie entière se passe à hésiter et je me réveille dans la même instant que je meurs.

ANNE – Cela veut dire que nous savons tous tout.

CHARLOT – Qu’il n’y a pas de bibliothèque secrète.

JOSEPH – Au Vatican cependant.

On a lui explique que le secret de la bibliothèque secrète du Vatican est l’ignorance du latin ; deux pouvoirs, le laic et le clérical se sont entendue pour le discréditer de telle manière que le prêtres romains eux-mêmes ne le pratiquent plus.

Ainsi est-ce que la bibliothèque secrète du Vatican peut être aujourd’hui entièrement publique mais accessible seulement à une élite obscure régie par le bibliothécaire.

CHARLOT – Mais cet état de choses est provisoire. Tenez, moi qui vous parle, j’ai connu une chinoise, à Limoges, pas plus haute que trois pommes, on lui aurait donné le bon dieu sans confession, eh bien je vous prie de croire que le latin n’avait pas de secret pour elle.

JOSEPH – Une chinoise ! ?

Fin du petit air, bravo, salut, assis, da capo.

JOSEPH : Une chinoise ?

CHARLOT – Comme elle récusait à l’anglais sa dignité de langue universelle, il lui avait fallu se rabattre sur le latin. Cela fait un drôle d’effet de s’entendre demander en latin par une chinoise où est la grand poste.
Un temps, ils songent au péril jaune, à cette prochaine invasion par des orientaux s’exprimant dans le langue de Virgile. Fin du petit air, bravo, salut, assis, da capo.

ANNE – En quel honneur va-t-il jouer ce soir, le musicien ?

JOSEPH – En l’honneur de la fête des Rois en général d’abord, et deuxièmement de l’anniversaire de Guérin qui est la fils de vicomte Jean d’Andrésy, député du Lot où on l’appelle « Pois de loup », ancien trésorier de la Banque de Greenwich, et propriétaire ici de la Villa « Les Indes Noires ». Milady Pellegrini, femme du vicomte et mère de Guérin, n’est autre que la fille de Joseph Balsamo et de Joséphine de Beauharnais. A cause de sa longévité pas banale qu’elle doit à un élixir de longue vie, nous l’appelons ici « la Cagliostro ».

ANNE – Nous la connaissons surtout en France comme gardienne de trésors. C’est elle qui a imaginé d’appliquer le plan de la Grande Ourse sur les sept abbayes du pays de Caux. L’une de ces abbayes, Saint – Wandrille, fut la propriété du grand poète belge Maeterlinck qui était le beau- frère d’Arsène Lupin.

JOSEPH – En tout cas ils sont très riches. Leur petit yacht « Les Trois Frères » que vous verrez arriver tout à l’heure, doit valoir des sous, mais n’est rien à côté de leur « Vert-Luisant », un gros yacht amarré la plupart du tempe au large du Havre.

CHARLOT – D’où vient l’argent ?

JOSEPH – De la spéculation sur « les Indes Noires », une mine de charbon épuisée depuis deux siècles et que le vicomte a héritée de Lord Catulle Brandon. Non le vicomte n’est pas aussi perpétuel que sa femme, mais pour ses soixante huit ans vous verrez qu’il n’est pas mal conservé.

Fin du petit air, bravo, salut, assis, da capo.

ANNE – Et l’anniversaire de Guérin tombe au jour de la fête des Rois ?

JOSEPH – Mieux encore, la fête des Rois tombe aussi le même jour que la saint Guérin. Personnellement je désapprouve les parents qui font d’une pierre deux coups en confondant la fête de leur enfant avec son anniversaire. Il est vrai que cela départ des parents.

ANNE – Quel âge va-t-il avoir ?

JOSEPH – Dix-sept ans, comme moi, d’ailleurs.

ANNE – Et comme mon fils ainé.

JODEPH – Je ne sais même pas votre prénom, madame.

ANNE – Dans mon métier on m’appelle « Calypso », un nom grec signifiant « cover-girl ».

JOSEPH - Calypso qu'Ulysse aimait?

ANNE - Et qu'ill quitta pour retrouver sa femme et son fils.

JOSEPH – En restant chez elle il aurait pu devenir immortel. Pourquoi I’a-t-il quittée, cet imbécile ?

ANNE – Pour instruire sa femme et son fils de toutes les belles choses que lui avait enseignées sa maîtresse.

CHARLOT – Car il faut choisir ; être immortel ou faire des enfants.

JOSEPH – A part « Calypso » quel est votre vrai prénom ?

ANNE – Anne.

JOSEPH – Comme la belle-mère de Saint-Joseph.

ANNE – Comme la sainte gardienne des fous.

Joseph n’ose pas demander à Anne si elle aurait une fille dans ses âges, à laquelle il pourrait éventuellement faire sa cour. Elle qui devine ses pensées songe à la petite que l’on rêva d’avoir avec Charlot, une antigonette amoureuse de son papa qu’elle aurait mené par la main sur les routes, le consolant sans arrêt pour pas qu’il pleure avec ses pauvres yeux crevés. Fin du petit air, bravo, salut, assis, da capo.

JOSEPH – Comme si on pouvait choisir d’être immortel.

CHARLOT – Il est vrai qu’on y est bien obligé avec tous ces gens que nous oublions et qui nous oublient. Trop d’immortels, vraiment, on ne peut pas faire un pas sans mettre le pied sur un.

JOSEPH – Il y a de s poètes, tout de même.

CHARLOT – Un poète ce n’est pas pareil ; pour qu’il soit immortel il faut le tuer.

JOSEPH – Comme Frederico Garcia Lorcà.

CHARLOT – Exactement. Non seulement il a fallu-le tuer, main encore que ses bourreau se cotisent pour lui ériger un monument aux morts dans la Fontaine aux Vachers, son village natal, et qu’ils aillent tout les ans le fleurir jusqu’à tant qu’on lui ait tué sa mort, ça fatigue.

ANNE – L’embêtant de Lorca c’est que, s’il n’avait pas fait de politique, ce ne serrait peut-être pas un grand poète.

CHARLOT – Mieux, encore ; de la politique on n’est pas très certain qu’il en ait fait.

JOSEPH – Aufond l’Etat n’a pas plus besoin de poètes que de joueurs de quilles.

CHARLOT – En fait l’Etat s’admirant lui-même de la tolérance dont il fait preuve l’égard des joueurs de quilles, utilise les poètes à compenser la carence « panem » par une pléthore « circenses ».

JOSEPH – Un poète devrait se garer de la politique.

CHARLOT – Un poète doit faire de la politique avec passion mais sans jamais figurer parmi les combattants. Le poète n’est pas de ces guerriers dont le temps passera mais le champ de bataille ; la plage blanche du débarquement qu’on piétine, le terrain pilonné, le no man’s land où les adversaires, ayant échangé leur sang, échangent leurs noms.

Fin du petit air, bravo, salut, assis, da capo. Joseph à qui son père interdit de fumer allume une cigarette ; comme par un fait exprès l’aubergiste entre, ne laissant à son fils que le temps de jeter sa cigarette laquelle fait aussitôt un trou dans la nappe en matière plastique.

SAUVEUR – Voila Les Trois Frères !!!

Le petit yacht blanc arrive du large à toute vitesse, coupe les gaz, vire de bord et stoppe. La joueur d’ukulélé, descendu sur la plage y transborde les trois passagers avec son youyou. La vicomte d’Andrésy en complet blanc remonte à grande pas vers ses « Indes Noires ». Milady vêtue de noir vient s’asseoir à la terrasse de l’auberge. Guérin se couche tout habillé sur le sable. Sauveur l’aubergiste est reparti vers la cuisine, laissant Joseph, Anne et Charlot en contemplation du trou dans la nappe.

ANNE – Votre père ne sera pas content.

JOSEPH – Je lui dirai que c’est un client.

ANNE – nous deux ?

JOSEPH – Et puis ce sont des nappes de propagande qui ne coutent rien. Et puis les vacances finissent demain ? Et puis je suis un bon élève, merde.

Charlot propose que l’on fasse une légende. L’auberge s’appellerait « Au Trou dans la Nappe ». Les gens se figureraient qu’il s’agit d’un forage dans une nappe de pétrole. Une villa s’appellerait « Trou dans la Nappe », puis une ville industrielle. Joseph deviendrait milliardaire. A sa mort un historien et un psychologue se pencheraient sur l’origine du trou dans la nappe et découvriraient un conflit entre le milliardaire et son père abusif qui voulait l’empêcher de fumer. Joseph réfléchit, frappe du poing sur la nappe et va à la cuisine.

JOSEPH – Papa ! J’ai fait, avec ma cigarette, un trou dans la nappe.

On entend le père et le fils se disputer dans la cuisine.

ANNE – « Quand on crée une légende c’est pour transmettre quelque choses à l’usage "de ceux qui en auront la clef ... »

CHARLOT - D’où sors-tu ça ?

ANNE – Un bouquin français que Joseph a dù laisser trainer sur la table. De Louis Carpentier sur la cathédrale de Chartres.

CHARLOT – Ce n’est pas le genre de Joseph un truc pareil.

ANNE – Pour moi, quelqu'un parlant français est venu ici tout récemment et a laissé son livre exprès pour nous signaler sa présence.

CHARLOT – L’assassin de Critias ?

ANNE – « ... Mais parfois la clef se perd, et l’histoire avec elle. Seule la légende demeure.

Sur la mer « les Trois Frères » s’en balancent.

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