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"L'Empereur"

IV. L'EMPEREUR

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Le bon roi Dagobert
Faisait peu sa barbe en hiver
La grand saint Eloi
 Lui dit : « O mon roi !
 Il faut du savon
 Pour votre menton ».
 C’est vrai lui dit le roi
 As-tu deux sous, prête-les moi.





Il verse le reflet de Roseline sur les feuilles de tilleul et va poser la bassine sur la salette qui sépare les lits jumeaux. On sonne. Il va ouvrir. C’est une demoiselle presque aussi grande que lui, jeune, et belle plus que très.

DEMOISELLE – Je suis la grande petite comtesse Marie-Madeleine Betaňa. Vous êtes Charlot, n’est-ce
pas ? Anne est là ?

CHARLOT – Endormie pour longtemps.

Marie-Madeleine dit que tant pis au revoir, elle reviendra, mais qu’elle a rendez-vous sur le port Saint-Catherine. A quoi Charlot lui demande si elle n’y connaitrait pas « La Gamine » et Monsieur Labouisse son capitaine. Elle connait. Ils sortent ensemble. On se retourne sur leur passage. Nul aux Canaries ne saurait ignorer l’héritière d’une illustre famille dont les effectifs, à quelque siècle qu’on se place, demeurèrent toujours fort réduits. L’illustration des Betaňas ne dépend pas seulement de cette rareté mais aussi bien de leur superbe isolement par rapport à l’histoire. Depuis le premier du nom jamais on ne vit un Betaňa courtiser le pouvoir, ni le combattre, ni s’engager politiquement de quelque manière que ce soit, même on n’en vit jamais qui tirât gloire de sa neutralité. Ce sont des gens dotés d’un optimisme virulent et sceptique, des gens qui affrontent les lendemains sans la sotte espérance qu’ils chantent pour la première fois mais dignement, simplement, pour voir ce qui va se passer. Or l’on se retourne sur le passage de Marie-Madeleine avec mélancolie parce qu’elle est la dernière de sa race et qu’après elle le nom de Betaňa disparaîtra du Gotha. Les happy few se rappelleront sa distinction quand elle servait le thé chez ses parent et les happy numerous cette vie débauchée qu’avec n’importe qui n’importe où elle mena dès avant sa puberté. C’est dire si un peu de cette attention dont elle est l’objet se reporte sur Charlot, « l’étranger à la tête de Maure sous un bras et à la tête de Platon sous l’autre ».

Charlot renonçant à raconter de quelle manière il détient ces deux objets se contente de déclarer que le fromage est un cadeau et que Platon dissimule en contrebande un chapelet de « roulers » capables d’actionner « La Gamine ». Elle écoute avec intérêt cette drôle d’histoire, mais quand ils arrivent au port, la nuit qui les y a devancés empêche de discerner « la Gamine » parmi la forêt de mâts qui flotte sur la rade comme un hérisson crevé. Un patron de chaloupe identifie « La Gamine » à cette petite lumière là-bas sur la rade. On lui loue ses services. Au moment d’accoster, Charlot pousse le cri traditionnel.

CHARLOT – Ohé du bateau !!

La petite lumière s’est éteinte. Pas de réponse.

CHARLOT – Attendez-moi.

Il monte à bord. Une carte de visite – Mr et Mme Labouisse » - épinglée sur la porte prouve qu’on ne s’est pas trompé de bateau. Charlot toque. Silence. Au plafond est peinte une rose des vents dont le nord est signalé par un ange à peau noire et aux ailles déployées. Il s’agit évidemment d’un rébus sur Eléonore = ailé au nord, funèbre hommage du capitaine Labouisse à sa créole disparue. Silence encore. Charlot griffonne son adresse et le but de sa visite sur un bout de papier et regagne la chaloupe.

CHARLOT – Chou blanc.

MARIE-MADELEINE – Je vous raccompagne.

CHARLOT – Mais votre rendez-vous sur le port ?

MARIE-MADELEINE – J’ai rendez-vous partout avec tout le monde.

Elle emprunte la première voiture venue, y invite Charlot, démarre et, en cours de route fait l’éloge de Las Palmas où le matériel maritime est meilleur marché que partout au monde ; un jeu de « roulers » peut s’acheter ici deux fois moins cher qu’en France. Charlot stupéfait se le fait répéter. Est-ce que par hasard cette modeste contrebande de roulers ne dissimulerait pas un trafic autrement grave de billes en or ou truffées de drogue. Àurait-il pas mieux valu laisser la « tête de Maure » à la porte de la cabine, jeter la tête de Platon dans la mer et filer sans laisser d’adresse. Cependant la voiture est arrivée rue du chroniqueur Benites Inglot. Une petite lumière qui brillait dans la chambre d’Anne s’éteint.

CHARLOT – Voulez-vous monter avant qu’elle ne se rendorme ?

MARIE-MADELEINE – Mais non. Dites-lui simplement que j’ai retrouvé le Primate, qu’il s’est rasé pour lui
faire honneur mais qu’il ne peut pas venir à cause de vous. Elle comprendra.

CHARLOT – Certainement.

MARIE-MADELEINE – Votre prétention à faire marcher la gamine sur roulement à billes m’avait amusé ;
il ne me déplaisait pas non plus de contrebander mais si c’était pour y monter
tout seul sur la gamine que vous m’avez menée en bateau, il ne fallait pas vous
déranger.

A côte de cette fin de race si parfaitement baisable avec ses grandes mains fines, son regard humide, sa bouche délicate qui suçotte un cachou, Charlot se sent tout con. Enfin, il prendre congé.

CHARLOT – Hasta pronto.

LA PORTIERE – Clac.

La voiture s’en va. Là-haut la lampe d’Anne est toujours éteinte. Quelle tristesse que ces signes de vie qui meurent sous votre nez, ces bonnes fortunes qui vous annoncent qu’on aurait pu les cueillir. Charlot pose le buste de Platon sur une étagère du vestibule, entre à pas de loup dans le chambre noire écoutant le souffle régulier de la dormeuse. Un ventre gargouille ; quelqu’un – mais qui ? . . doit avoir faim. Il soupèse la « tête de Maure », défait l’emballage, fait une inspection sommaire, pose la boule sur le marbre blanc de la salette entre les lits jumeaux et va se coucher.

CHARLOT – Je dors !

Il se relève et s’assied dans un fauteuil de telle sorte que la boule de fromage s’inscrive sur la ligne qui va de sa tête à celle d’Anne.