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"Le Diable"

XV. LE DIABLE





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Le bon roi Dagobert
Ayant bu allait de travers;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre Majesté
Va tout de côté.
Eh bien, lui dit le roi,
Quand t' es gris marches-tu plus droit ?





Treize bouteille de champ’ sifflées à trois personnes produisent parfois d’étranges effets. Critias dépose sur une table la grande enveloppe jaune que le général David-Leroy lui avait remise pour qu’elle la remette à Anne & Charlot ; elle enlève le curieux chapeau qui libère une chevelure de feu, le pose sur la table, et debout, pointe l’index sur eux.

CRITIAS – Ecoute, Socrate, une histoire admirable et vraie.

ANNE – «  La chair, attention Jakin, quitte les os » (Timée ou la nature (Platon))

CHARLOT – Voici mon medius à serrer.

CRITIAS – Bohaz, tout se désunit.

Elle raconte sa désertion de l’Armée du Salut, sa lassitude de déclamer Homère et Virgile devant le trépied à Noël, de fluter devant le chaudron, de recueillir l’obole des misérables.

ANNE & CHARLOT – (chœur) « J’étais vilain
« Me voilà bon
«  Des sous, Charlot, des sous.

Critias monte sur une chaise de paille.

CRITIAS – Citoyens, j’arrive de Genève à Paris. Une plaque d’égoût se soulève et qui vois-je en sortir ? Jean Valjean.

ANNE – Fils de la putrefaction !

CRITIAS – Lui-même, et dans le rôle de Marc Benahim. Je l’interwiewe.
« Ce rôle, dit-il, achève ma carrière de comédien et inaugure ma carrière d’imprésario, du Prieuré. Le grand music-hall de Sion (Valais) pour les grands et les petits. 40 artistes en me comptant : 27 sur la scène et 13 en coulisses tirant les ficelles. Or, me dit-il, sale coup, immense douleur ; Fakhar Ul Islam, 21 ans, citoyen pakistanais, notre prestidigitateur d’élite, faisant son tour du monde, s’est fait assassiner dans le Paris-Genève, le 20 février 1967. On retrouve son cadavre sur le voie, près de Melun. Dans sa poche un jeu de cartes truqué, mais ultime tour, tout son matériel volatilisé ! ».

ANNE – Jean Valjean a dit ça !

CRITIAS – Oui et pour me proposer la place de montreur de marionnettes à cheval entre les 27 qui se produisent et les 13 qu’on ne voit pas. La prochaine représentation se donnera à Rennes-les-Bains où nous plantons notre chapiteau. Et ceci me vaut le plaisir de vous rencontrer. Vous expliquerai-je le symbolisme de l’acacia, mimose du désert, qui fait découvrir le tombeau du Maître ? Non.

CHARLOT – Nous sommes trop jeunes.

ANNE – Notre âge ne se compte plus.

CRITIAS – Revenons donc à ce chapiteau qui sera planté au sud du village, sur la rive gauche de la Sals, au-delà du cimetière, après la grand’place et l’église. Ici se tenait un temple paien haut de quinze mètres qu’incendia Charles Martel en l’an 737 lors de sa tentative d’invasion du Languedoc. Outre la statue d’Isis, alias Vénus d’Ille, qui en provient, les autres reliques sont une tête de Mercure et une de Jupiter, un bras tenant un linge, une main tenant un oeuf, sans compter le charnier sous la grand’place. Ces renseignements proviennent des « Mémoires de l’abbé Delmas qui, ayant fait couler beaucoup plus de salive que d’encre, sont perdus depuis plus d’un siècle. Ont-ils jamais existé, existent-ils encore ? Prestidigitation.

Dans l’état d’ébriété où ils se trouvent, Anne et Charlot ne parviennent pas à formuler leur protestation contre un procédé qui consiste à puiser des informations dans un document disparu depuis si belle lurette que son existence même soit douteuse. Cela ressemble trop à leur enquête d’autant plus passionnante que l’on ignore sur quoi elle porte, ou sur la nécessité de venir aux Canaries pour y entendre évoquer le méridien 0 qui passait à Paris à deux pas de chez Anne.

CRITIAS – « Panem et circenses » sera le slogan du cirque.

CHARLOT – « Des frasques, des fresques, des frusques ».

CRITIAS - Le grand Pompée, ça ne vous dit rien, peut-être?

ANNE – Le grand pompé, c’est lui.

CRITIAS – Eh bien, si Sertorius, son rival, est enterré dans l’île de Fer, il est lui-même enterré à Rennes, fondant ainsi le dialogue entre deux méridiens 0. Vaincu à Naulogue par Agrippa, le grand Pompée passe en Asie Mineure et meurt assassiné à Milet. Des philosophes milésiens embaument son corps qui devient objet de vénération jusqu' ‘à ce que les Arabes s’emparent de la relique, la déposent à Rennes lors de l’invasion du Languedoc et lui fassent une inviolable sépulture de marbre et de plombe près du Rocko-Negro. La plaque funéraire existe toujours ; on peut la voir au musée de Perpignan. C. POMPEIUS QUARTUS DM SVO.

CHARLOT – DM

CRITIAS – Diis Manibus. « L’écriture DM » de Nostradamus.

Elle sort de son réticule le prospectus du cirque Jean Valjean où les attractions sont présentées sous un jour flatteur. C’est, dans un cercle de menhirs, l’accolade du grand monarque avec le grand romain sous une enseigne médusine. C’est le diable assis dans son trône de pierre et comptant le trésor grappé depuis des siècles avec la devise « Les treize ors de l’Arène ». C’est enfin la bergère cachée dans l’alignement de trois rochers, un noir, un jaune pointu, un blanc correspondant respectivement à Melchior, Balthazar, Gaspard. Le tout, selon l’humeur, donne à penser ou prêté à réfléchir. Un coup de vent ouvre la porte par où Temperantia s’enfuit. En se levant Critias manque de renverser la table ; les cendres du cendrier se répandent.

ANNE – Quia pulvis es.

CHARLOT – et in pulvem reverteris.

CRITIAS – Ah, voila le népenthès !

Ce qu’elle appelle « népenthès » n’est en fait que le café apporté par Sauveur et qu’elle avale tout bouillant comme si l’ivresse lui avait donné la gueule de bronze. Et elle se met à évoquer le roi Dagobert II dont la « culotte à l’envers » signifie qu’on lui avait truqué sa généalogie. Elle leur parle ainsi de son épée qui, à la mort du roi, en 679, passa aux mains de Rathilde, sa fille, cadette qui la remit treize ans plus tard à Chilpéric II son mari. On a retrouvé l’épée à Paley, le 17 janvier 1913 dans une sépulture violée ; poignée garnie de feuilles d’or, incrustée de pierres de couleur, portant le quatre abeilles mérovingiennes, vingt-quatre rectangles d’or, dits « lingots de miel » et vingt-huit cellules lunaires. Et elle sort à la recherche de Temperantia.

Anne et Charlot sortent à leur tout et regagnent le bungalow. Si la bouche est pateuse le pied tient bon. Bras-desus bras-desous et tasse en main ils veillent à ne pas renverser ce précieux breuvage qui rafraichit la mémoire et réchauffe les intérieurs. La narine identifie tous les parfums, la mer, les plantes grasses du corridor, la mer à nouveau, la passage à niveau, la népenthès et leur propre odeur sous les bras sous les draps.

CHARLOT – Bras cou front teint oeil dent bouche en toi tout est tentant tout touche. Pauvre petit canard qui plonge en avant ; il attrappe comme bouées un sein dans chaque main, simple comme un coup bonjour j’ te vois et un coup adieu j’ te vois plus, boules, cercle, couronne, rock’n roll, rochers et roulers, puits et pendule, trésor du roi dans les caves, de la reine sur la citadelle.
O toi cher chat qui nous cherches, ta pitance te la faut-il tout de suite ? ou bien veux-tu préserver ton bel appétit indéfiniment ? Ne serons-nous jamais dans nos jours les plus rares, qu’un tam-tam bien tendu sous le maillet vainqueur, un écho de clang-clang au creux de la guitare, un arpège de vent, un bruit de souffle au cœur ? Attendant la suprême extase, on les dirait peints au minimum eux qui n’ont plus rien dans le blaze qu’un harmonieux harmonium.

ANNE & CHARLOT – Ne vous ai-je pas vu, vue, vus quelque part ?

Le roi Arthur qui fut Artus, Arcturus et Rayarcus le béarnais était leur ancêtre commun donnant à leurs amours un caractère incestueux. Pour avoir délaissé l’église un dimanche au bénéfice de la chasse, ce prince fut condamné à poursuivre la biche dans le bois jusqu’à la fin des temps. De son côté la biche, condamnée à courir, bénissait la malédiction. Alors la terre se fit ronde et, se courant l’un l’autre aux antipodes, ils se réjouirent et pleurèrent de ne pouvoir distinguer qui était biche et qui chasseur, qui fuyait et qui poursuivait. Et puis tant de fois furent la première et tant de fois ils découvrirent ce qu’ils avaient pris l’habitude d’inventer qu’il n’y a pas moyen de s’y reconnaître parmi ces voiles de première communion qui deviennent voiles de mariage pour achever linceul en compagnie d’un pâle figurant en smoking. Une fois par exemple, ce fut à Satanacum dans les bois de la Vouivre qui faisaient la chevelure d’un géant dont le flanc palpitait de prés et de montagne et qui roulait en chariot sur sa propre poitrine. Une fée à trois couronnes, jalouse du géant lui avait confié un pépin magiques lequel, planté en bonne terre avait donné des fleurs carnivores. Le géant averti du danger qu’il courait avait confié à un tilleul le secret des fleurs carnivores, et c’est à l’ombre de ce tilleul qu’Anne et Charlot s’étant aimé, avaient, diable de diable, gravé leurs initiales avec la date, afin que les siècles futurs entendent qui en ce lieu avait échangé la fleur et regardé la feuille à l’envers. C’était une ancienne première fois. Si les arbres changent de peau les chiffres demeurent et il faudrait être une buche pour ne pas se souvenir de cette dernière première fois dans la nuit de Noël du 24 décembre 1962.

CHARLOT – J’ai, muse, moi ton pitre, enjambé la fenêtre.

ANNE – Je ne suis pas muse et tu n’es pas mon pitre.

CHARLOT – Mais sa pointe. La Pointe à Pitre est celle du coupe-choux forgé dans la matière sidérale et qui, par sa boule de buis au bout d’une ficelle, forme bilboquet.

ANNE – La montagne va peler, les rats vont se marrer : ya’me comen, ya ‘ me come pordó hé mas pecado.

Charlot a un geste large qui lui fait perdre l’équilibre et l’envoie à quatre pattes devant la cheminée.

CHARLOT – Et un cabot à l’avant-scène, sur la pointe à pitres, sur la Montagne de Feu, il va mourir : « Juro ! »

ANNE – Dis-moi quelque chose de gentil.

CHARLOT – Je ne pourrai plus dormir sans toi.

ANNE – Chic alors.

Il remonte au lit si vivement qu’emporté par son élan, il passe de l’autre côté. Re-revenant il se prend les pieds dans les lacets, et le seigneur tombe pour la troisième fois, se délace et s’agenouille entre ses propres souliers.

CHARLOT – Savez-vous, Madame, quel est le plus beau cadeau que le Père Noël ait jamais déposé dans mes petits souliers ?

ANNE – vous même.

CHARLOT – Moi-même devant vous, bel arbre, et dans mes petits souliers. Sois-nous donc légère, terre à qui nous pesons si peu.

ANNE – Va donc, eh poète.

CHARLOT – Va donc eh muse qui ne sais pas ce que c’est qu’un poète, égérie qui ne sais pas quel maître par cette nuit de Noël a fourré sa buche dans ta cheminée.

ANNE – Je n’appelle pas ça un maître, tout juste un petite ramoneur.

CHARLOT – Petits petons de Valentine que découvrit Germain Nouveau en 1893, à minuit au bistrot

« Echelle de Jacob ».

Elle n’aime pas ses pieds, ni que Charlot s’abaisse pour les baiser. Mais lui s’abaisse tant et tant qu’il atteint un nuage triangulaire, sorte de tablier décoré de trois roses bleus et soyeuses. A l’intérieur du tablier un arbre de lumière dispense une si violente clarté qu’on en est ébloui. Charlot parvient à se cacher le visage d’une seule main et se voit en plein soleil, allongé par terre la tête entre les souliers. Voilà une maison fleurie, voilà un capricorne qui porte un enfant sur ses-longues antennes, et l’enfant se dédouble à faire loucher qui le regarde courir. La feuille du calendrier qui portait " 25 décembre" tombe laissent place au 26.

UNE VOIX – « Il est passé faisant le bien ».

ANNE & CHARLOT – Faisons-le bien, faisons-le bien. Qu’adviendra-t-il, dis-moi, de tant de lèvres molles ? De tant d’yeux révulsés dans l ‘or – (come chiffres dans un taximètre) – bite. Viendra-t-il, o Bacchus, notre temps de squelette, le sourire éternel de nos trente-deux dents ? Dans cette noire glace de coccyx dégarni éclate, et de la neige effacerait les plis. Et dire que leurs yeux seront remplis de terre avant de s’être lus jusqu’au fond, et leur bovine voilée de toiles d’araignées avant d’avoir achevé le discours.

La voix de Sauveur derrière la porte crie qu’on lui ouvre. Charlot le fait entrer.

SAUVEUR – Critias s’est noyée.

CHARLOT – Noyée ! ?

SAUVEUR – Au bord de l’eau j’ai retrouvé son enveloppe jaune qui vous était destinée.

CHARLOT – Mais comment ?

SAUVEUR – Temperantia était tombée dans la mer, et c’est en voulant la sauver que Critias ... a moins que ...

CHARLOT – Que ... ?

SAUVEUR – Le Cugulhou, monsieur, le diable !!

L’aubergiste s’enfuit à toutes jambes. Charlot se retrouve devant le miroir de la cheminée, une tasse de café dans une main, une bougie dans l’autre. Avec du ventre et une chemise de nuit, on dirait exactement un Balzac distrait.

CHARLOT – « Souvent, comme Jacob, la nuit j’ai, pas à pas, lutté contre quelqu’un que je ne voyais pas » Gazou, gazou !

Anne dans son sommeil hausse les épaules et se tourne vers l’ombre.

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